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Édito - Septembre 2015

Depuis des semaines, le sujet traîne sur la table des discussions européennes et s’enlise dans un flou artistique, celui du « volontariat » de chacun des Etats-membres.

L’Europe a une nouvelle fois échoué à organiser, dans la cohérence et le partage, l’accueil des réfugiés ou migrants, rescapés de dramatiques traversées de la Méditerranée.

Que l’Italie soit, avec la Grêce, seule en première ligne ne semble pas indisposer grand monde à la tête des autres gouvernements européens. La proposition de Jean-Claude Juncker visant à rendre obligatoire un quota d’accueil de réfugiés dans les 28 Etats-membres de l’Union européenne n’a pas pu aboutir.

Le débat a eu lieu...

 

Depuis des semaines, le sujet traîne sur la table des discussions européennes et s’enlise dans un flou artistique, celui du « volontariat » de chacun des Etats-membres.

L’Europe a une nouvelle fois échoué à organiser, dans la cohérence et le partage, l’accueil des réfugiés ou migrants, rescapés de dramatiques traversées de la Méditerranée.

Que l’Italie soit, avec la Grêce, seule en première ligne ne semble pas indisposer grand monde à la tête des autres gouvernements européens. La proposition de Jean-Claude Juncker visant à rendre obligatoire un quota d’accueil de réfugiés dans les 28 Etats-membres de l’Union européenne n’a pas pu aboutir.

Le débat a eu lieu, il a été âpre en huis clos, mais les gouvernements se sont arc-boutés sur le principe du chacun pour soi, habillé en « prérogative nationale », où l’égoïsme national s’allie à l’hypocrisie politique, conduisant à ne pas traiter courageusement, ni solidairement, le sujet. « On s’arrangera bien, d’une manière ou d’une autre, avec l’Italie pour gérer la question de l’afflux chez elle de réfugiés et de migrants… »

 L’absence coupable de pédagogie

Curieuse façon de faire face au populisme xénophobe, qui prospère un peu partout en Europe sur l’absence de pédagogie et d’efficacité concernant l’immigration, que de reporter les décisions européennes en laissant pourrir des situations et en laissant se fabriquer, de fait, de l’immigration clandestine. Avec toutes les exploitations, dérives et trafics, que cela entraîne.

« Courage fuyons ! », entend-on dans ce refus de prendre en compte, à l’échelle des 28 Etats-membres, un sujet pourtant parfaitement gérable au niveau continental. Pas grand monde ne veut paraître prendre en charge une part de cette immigration de crise pourtant bien présente, devant une opinion publique considérée comme trop sensible (entendre hostile) à toute forme d’immigration ou d’asile venant du Proche-Orient ou d’Afrique. On préfère la défausse, trouver des arrangements plus ou moins officieux entre Etats frontaliers, en espérant qu’on en parle pas trop, et qu’on oublie le sujet.

Au lieu de parler avec vérité et de mettre en perspective, on croit donc résoudre le « problème » et combattre la flamboyance démagogique de l’extrémisme xénophobe par une forme de déni, des silences et des faux-fuyants, à l’abri d’un discours de façade sur la souveraineté de chaque Etat membre en matière d’immigration. Encore une occasion historique de manquer, pour l’Europe, non seulement de montrer la vivacité de ses valeurs mais de démontrer son efficacité politique sur une question majeure.

L’occasion était pourtant très bonne de mettre publiquement, dans toute l’Europe, ce sujet de l’afflux de réfugiés et de migrants à sa juste, réelle et relative place à l’échelle du Continent. Car de quoi s’agit-il ? Quelle est l’ampleur réelle du « problème » qui semble tétaniser beaucoup de gouvernements européens (de gauche comme de droite) et, par cette tétanie, favorise l’avancée des forces de l’extrémisme ?

Sur une population totale de 500 millions d’habitants pour l’Union européenne, l’afflux de réfugiés et de migrants en Italie, en 2014, a été 140 000 personnes, soit… 0,028% de la population totale européenne ! Soit 2 habitants, rapportés à une ville de 10 000 habitants. Impossible à accueillir et à intégrer ? Incroyable façon de ne pas croire en les capacités européennes…

Le petit Liban, lui, à titre de comparaison, avec ses 4,5 millions d’habitants a du accueillir 1,5 millions de réfugiés syriens, soit 33% (un tiers) de sa population ! 0,028 % pour l’Europe, 33% pour le Liban… où est le problème, en Europe ou au Liban ? Chacun des 28 Etats-membres de l’Union Européenne serait incapable d’accueillir en moyenne 5 000 réfugiés ou migrants, pour soulager l’Italie ? Difficile de le croire. Sauf penser que l’Europe perd son âme, et même la raison !

Rappelons enfin qu’en 1979 en France – ce n’était pas la préhistoire et on parlait déjà de la crise – notre pays, toutes tendances politiques confondues, accueillait avec allant à bras ouvert, d’un seul coup, plus de 120 000 réfugiés, « boat people » venus du Vietnam, du Cambodge, du Laos. Aujourd’hui, on est incapable de dire qu’on peut en accueillir dix fois moins, simplement 5 à 10 000 rescapés de la Mer Méditerranée, qui ont fui la violence du djihadisme ?

Cherchez l’erreur.

Elle est malheureusement facile à trouver. Avec une forme de honte.

Jean-Philippe MOINET