HEC Figaro FranceInter
06/04/2015
 
À l’heure d’un chômage persistant, la France s’interroge. Les données récemment publiées font état d’une nouvelle hausse du nombre de demandeurs d’emploi (+ 12 800 de catégorie A, portant leur nombre à 3 949 000), alors que les principaux partenaires européens de la France voient leur situation s’améliorer. Interrogés sur les deux ou trois réformes de grande ampleur qui devraient être menées « pour que les choses aillent vraiment mieux en France », les cadres aspirent prioritairement, et de manière singulière, à une refonte de l’école et de la classe politique : les questions fiscales économiques sont certes fréquemment citées, mais en position seconde.

L’école et la politique, plus que la fiscalité et l’économie

Les priorités citées par les cadres sont manifestes : en premier lieu « réorienter l’école pour apprendre les métiers d’avenir » (32 %), puis « changer totalement la classe politique » (31 %). À ces deux idées s’ajoute, en quatrième position, « améliorer vraiment la qualité des relations entre les gens » (28 %).

De manière frappante, les solutions fiscales ou économiques sont certes fréquemment citées, mais de manière seconde par rapport à ces priorités. La volonté de « réduire massivement les impôts et les taxes » apparaît en troisième position (29 %) et l’amélioration massive de « la compétitivité des entreprises » (23 %) en cinquième position.

Ces hiérarchies sont très éclairantes :

  • Elles définissent une priorité qui compte peu parmi les plus fréquemment évoquées au sein des débats publics ou politiques (« réorienter l’école pour apprendre les métiers d’avenir ») ;
  • Elles éclairent l’ampleur de la divergence de vues entre les pouvoirs publics qui privilégient la compétitivité (« Pacte de responsabilité »), et les cadres qui ne citent cette idée qu’en cinquième position.

Ces données s’expliquent notamment par l’importance déclinante accordée à la compétitivité, citée par 32 % des cadres l’année dernière au premier rang de leurs attentes. Pour les cadres, la « sortie de crise » à la française ne passe pas prioritairement par les voies suivies par les pouvoirs publics, de gauche et de droite.

Moral des cadres : le temps des perplexités

Après deux mois d’amélioration significative (+ 14 points de progression cumulée), l’indice synthétique du « Moral des cadres » marque le pas. Désormais établi à -35, il renouvelle pratiquement le résultat enregistré le
mois dernier (-36). Cette stabilisation est le fruit de jugements contrastés.

Les anticipations sont moins mauvaises en termes d’emploi :

  • Concrètement, 63 % des cadres anticipent une « augmentation » du « nombre de chômeurs », soit un score en baisse de 5 points par rapport aux résultats du mois dernier ;
  • De même concernant les opportunités de carrière qui leur sont offertes, les cadres apparaissent sensiblement moins inquiets (79 %, -3).

Ces améliorations sont notamment le fruit de l’évolution du cours de l’euro : les deux tiers des cadres (66 %) estiment que la « baisse du cours de l’euro » constitue une « bonne chose » pour « l’économie française », et une majorité relative (40 % contre 20 %) pour leur « entreprise ».

En revanche les jugements sont de plus en plus critiques concernant :

  • Le niveau de vie, où la tendance à l’optimisme connaît un coup d’arrêt : 45 % des cadres estiment désormais que « le niveau de vie en France » va « se dégrader » (+2). Cette évolution succède à une baisse continue sur cet indice depuis l’automne ;
  • De manière corollaire, leur « situation financière » les préoccupe davantage : 38 % estiment que celle-ci va se dégrader (+ 4).

Ce regain des inquiétudes financières est inattendu dans le contexte actuel. Il apparaît comme un correctif de l’amélioration rapide connue ces derniers mois, dans un contexte global d’incertitudes.

Au coeur des cadres : l’ampleur du trouble

La lecture globale des résultats de cette enquête révèle l’ampleur du trouble actuel des cadres en France : en attente de solutions que les exécutifs successifs (gauche ou droite) ne privilégient pas, partagés entre pessimisme croissant (niveau de vie) et pessimisme décroissant (emploi), le coeur des cadres semble singulièrement incertain à la fin de ce premier trimestre 2015.

Une conjonction d’incompréhensions et d’espoirs ajournés.

François Miquet-Marty

Télécharger en pdf les résultats du Baromètre économique - avril 2015