Inrs
05/01/2014
 
Les enjeux financiers et commerciaux = LA préoccupation prioritaire des dirigeants d’entreprise. Pourquoi la santé et la sécurité ne sont-elles pas prioritaires ?

 

Cas de figure n°1 : perception d'une activité sans risque

Lorsque l’on parle de risques, on note une tendance à minimiser voire omettre les risques sans gravité, ou non liés à l’activité physique en elle-même

« chez nous il n’y a pas d’accidents. Donc les besoins en prévention sont assez limités »
« bon pour le reste, les coupures c’est minime mais ça existe. Je ne sais pas si ça compte dans les risques professionnels mais la posture est importante parce que le dos en prend un coup.  Bon mais il n’y a pas d’atteinte à la vie quoi. »

  • Des petites entreprises qui ne sentent pas concernés par le sujet
  • Modération des risques tels que psycho-sociaux (stress, pression, harcèlement), ou de posture (pour un ‘simple’ travail en bureau par exemple)

Cas de figure n°2 : les risques sont existant mais maîtrisés

Ne constitue donc pas une préoccupation quotidienne de l’équipe dirigeante

« je ne m’en occupe pas quotidiennement, une fois que c’est mis en place et que les consignes sont données, je ne vais pas leur rabâcher tous les jours »
« Oui les risques existent, les risques de chute lorsque l’on travaille sur les toits, ou de se blesser quand on utilise l’outillage. Mais mes gars y sont habitués et quand tu t’es blessé une fois avec une disqueuse, tu ne le refais pas deux fois. C’est le métier qui rentre, ils y sont habitués »

Toutefois... De nouvelles citations relevées cette année, mentionnant :

  • la fatigue, le surmenage et la charge de travail (conséquence de la crise, sous-effectifs, …)
  • la dépression notamment liée à la pénibilité des tâches
  • la peur de la baisse d’activité, et de la perte de son emploi

L'application des règles est vécue comme une contrainte réelle
Pourquoi les mesures sont-elles perçues comme contraignantes ?

Contrainte n°1 : une contrainte en termes d'organisation

Un manque de temps et de moyens humains évident : « dans une petite structure comme nous, et en plus comme on est passé aux 35 heures, on n’a pas de temps à consacrer à ça. »

Un coût sensible pour l’entreprise : « on a pas mal investi dedans », notamment en période de crise : « on a licencié 5 personnes sur 15 en 2013… », et l’investissement prend sur les bénéfices : « c’est une contrainte car c’est un investissement financier important. Nous, nous sommes à flux tendu niveau finances. Investir tous les deux jours dans un nouveau matériel pour satisfaire les normes sur la sécurité, ça rogne sur nos bénéfices. Surtout que dans le bâtiment, nous sommes en concurrence avec des travailleurs au noir qui ne respectent aucune norme de sécurité. Donc le coût de tout ça, c’est soit pour le client, soit pour nous. Mais dans tous les cas, c’est une réelle contrainte. »

Une gestion minimale assurée avant tout par le gérant (et aide du comptable) : « c’est moi qui gère toute la sécurité, je suis rarement absente donc je n’ai pas besoin de designer quelqu’un qui s’occupe de ça. Une petite entreprise n’a pas besoin de mettre en place de grandes formalités »

Contrainte n°2 : un sentiment de non adéquation des règlementations

Des actions demandées ne sont pas toujours adaptées à la réalité professionnelle

« ça on me l’a imposé, je l’ai mis en place et je la laisse pour l’inspection du travail, mais ça ne sert à rien »
« moi j’ai l’impression que tout ça est surtout très contraignant et pas forcément adapté à notre activité »
« j’ai mis une rambarde pour éviter les glissements mais on ne l’utilise jamais ; c’est impossible de l’utiliser, on n’a aucun maintien dessus »

Une application uniquement pour rester dans la légalité

« c’est vraiment juste parce qu’on nous a imposé de le mettre en place »
« franchement c’est plus à titre légal … ça sert strictement à rien, je vais être clair »

Contrainte n°3 : des mises en place qui ne se font pas pour les bonnes raisons

Des actions mises en place seulement pour le ‘paraître’ et non dans un but de sécurité

« c’est surtout lorsqu’on a la visite d’un contrôleur du travail » / « c’est une façade pour l’inspection du travail, mais ce sont des choses qu’on ne peut pas réaliser au quotidien »

Pas de nécessité tant qu’il n’y a pas de problèmes

« moi j’ai un délégué du personnel et tout ça donc non je ne vais pas essayer de les sensibiliser dans la mesure où actuellement nous n’avons pas de problème » /  « on a pas d’accidents, alors les salariés n’ont pas conscience plus que ça, ils ne s’y intéressent pas »

Le sentiment que les mises en place existantes sont suffisantes

« on a toujours travaillé comme ça et il n’y a pas plus ou moins d’accident aujourd’hui qu’il y a 20 ans » / « s’il y a pas d’accident c’est que les gens ont mis des choses en place pour qu’il y en ait pas – ça veut dire que l’activité fonctionne » / « ça a toujours bien fonctionné, y a pas moins d’accidents à l’heure actuelle »

Contrainte n°4 : des sanctions (financières) mal vécues par le passé

Un fort découragement malgré la bonne volonté démontrée par des actions réellement entreprises

« on nous a imposé 6 obligations ; il y a eu 1 seul des 6 points auquel on n’a pas pu répondre parce que d’ailleurs les fournisseurs eux-mêmes ne savent pas y répondre, et du coup on a eu les pénalités »
« j’ai posé la question ‘si on n’avait rien fait ça serait pareil ?’ –oui, ça serait pareil »
« je n’aurais pas investi 20 000 euros »

Ne donne pas envie de (ré)entreprendre des démarches à l’avenir

« pour ceux qui ont beaucoup d’accidents c’est normal, mais pour nous ça ne motive pas »
« il vaut peut-être mieux ne rien faire et payer les pénalités, ça coûtera moins cher que d’investir »,
« ça ne m’étonne pas que finalement dans certaines sociétés les gens fassent rien »
« dégouté »
« un gars s’est mis à son compte, je lui ai conseillé de ne rien faire »
« dans mon entourage je conseille de ne rien entreprendre, ou alors être sur d’aller jusqu’au bout »

Le sentiment d'un manque d'outils à disposition, mais pour autant peu de demande d'information nouvelle
Quel comportement vis-à-vis de l'information ?

Constant : le minimum est perçu comme suffisant

Pas de nécessité de renouveler l’information trop fréquemment

« L’information, oui on en a cherché, mais on fait toujours le même travail donc des évolutions il n’y en a pas non plus des tonnes »
« notre activité ne change pas »

Un comportement attentiste : on ne recherche pas l’information, on attend qu’elle arrive

« on va attendre qu’ils nous fassent une demande »
« depuis qu’on est suivi, on fait rien »
« on est suivi par la CARSAT donc on sait qu’ils vont se manifester et on attend juste qu’il en fasse la demande »
« on attend surtout qu’on vienne nous dire ce qu’il y a à faire »

L’expérience et le bon sens comme source et relais de l’information

« Moi cela fait 30 ans que je fais ça, je sais de quoi je parle donc il y a des choses pour lesquelles je suis attentive. J’ai eu moi-même des problèmes de dos donc je suis assez attentive à reprendre les apprentis notamment. Je corrige leur posture, je leur indique qu’il faut prendre un tabouret pour telles ou telles actions »
« on ne peut pas être derrière le dos du gars, le gars va pas être idiot au point de prendre une pièce brulante à pleine main »
« chez nous, avec juste un dialogue c’est faisable »

Et l'INRS ? Un organisme pas toujours identifié, mais le plus souvent apprécié

« L’INRS j’ai envie de vous dire que je connais mais si vous me demandez ce que c’est je ne pourrais pas vous répondre »
« l’INRS je ne connais que les brochures ; c’est bien parce qu’ils font des documents numérotés et accompagnés de plein de petits dessins, pour moi c’est bien, c’est une bonne aide pour les chefs d’entreprise »
« les documents, des brochures assez simples en papier cartonné »
« pour moi l’INRS c’est des recommandations, c’est bien, c’est pointu »
« un recueil de recommandations »
« si j’ai besoin d’une info, je suis content d’avoir les bons documents »
« l’INRS c’est de la bonne information, d’ailleurs la CARSAT l’utilise »
« pour moi c’est un outil de communication, ils communiquent pas mal de choses »

Télécharger en pdf les détails de l'étude Viavoice - INRS Risques et Prévention 2014