Harmonie Figaro FranceInfo
13/04/2015
 
L’entreprise massivement attendue comme un « acteur de santé » : une vision confortée malgré les difficultés de la conjoncture actuelle. En ce premier semestre 2015, de quelle manière évolue l’image des entreprises et la perception de leur rôle en tant qu’acteurs de santé ? La persistance d’une conjoncture économique plus difficile en France qu’ailleurs, l’absence de décrue du chômage de masse (10,2 % en janvier 2015 contre 4,7 % en Allemagne), ne sont-ils pas de nature à recentrer l’entreprise sur ses missions purement économiques ? Au contraire, loin de cette hypothèse, les salariés et les dirigeants d’entreprise interrogés par Viavoice pour Harmonie Mutuelle dans le cadre de cette deuxième vague de l’Observatoire « Entreprise et Santé » révèlent que l’entreprise est massivement attendue comme un « acteur de santé », et que la légitimité de cette vision est confirmée malgré la conjoncture.

 

L’entreprise, massivement attendue comme acteur de santé

Les jugements sont massifs et convergents : aux yeux des personnes interrogées, l’entreprise doit avoir pour rôle de contribuer à la bonne santé des salariés :

  • Une très large majorité des salariés le pensent (80 % dont 24 % qui estiment que cela constitue « tout à fait » le rôle de l’entreprise et 32 % des salariés de l’industrie) ;
  • Mais également une proportion comparable des dirigeants (84 %, dont 41 % « tout à fait »).

Ces scores très élevés s’expliquent par la persistance voire la progression d’une vision globale de l’entreprise, systémique, en vertu de laquelle les actions menées en faveur de la santé sont bénéfiques pour tous les registres de la vie de l’entreprise :

  • Pour le « climat de confiance » et « l’ambiance de travail », à la fois du point de vue des salariés (impact « important » pour 71 % sur l’ambiance et 70 % sur le climat de confiance), et du point de vue des dirigeants (impact « important » pour 81 % sur le climat de confiance et 78 % sur l’ambiance) ;
  • Pour l’attachement à l’entreprise (cité par 62 % des salariés et 77 % des dirigeants) ;
  • Sur le plan économique, à travers la « productivité » et la « motivation des salariés » : un impact sur la productivité mis en avant par 69 % des salariés et 75 % des dirigeants, sur la motivation par 68 % des salariés et 72 % des dirigeants, et sur la situation économique de l’entreprise par 57 % des salariés et 69 % des dirigeants.

Des impacts perçus amplifiés auprès des salariés de l’industrie, ainsi que des dirigeants des services et d’entreprises de 50 salariés et plus.

La persistance de cette vision systémique de l’entreprise, y compris dans le contexte des difficultés actuelles, est particulièrement frappante : elle signifie non seulement la robustesse de cette vision, mais encore l’idée selon laquelle les actions pour la santé des salariés peuvent constituer, aussi, des éléments de réponse à la crise économique actuelle.

La santé des salariés : des disparités persistantes

Fondamentalement, les attentes envers l’entreprise « acteur de santé » se nourrissent de la prise en compte des difficultés personnelles des salariés.

Le niveau de santé des salariés dans l’entreprise est globalement stable par rapport à 2014. Les dirigeants ont une perception de la santé de leurs salariés toujours meilleure que les salariés eux-mêmes (54 % des dirigeants estiment que leurs salariés sont en « très bonne santé » contre 29 % du point de vue des salariés). En revanche les salariés du secteur de l’industrie se sentent en moins bonne santé : 16 % se déclarent en « mauvaise santé » contre 9 % de l’ensemble des salariés.

Pour mieux anticiper les difficultés de santé, 60 % des salariés sont « intéressés » par une application de prévention personnalisée permettant de suivre leur santé au quotidien, dont 13 % « très » intéressés (et 19 % pour les salariés de l’industrie). Mais cette nouvelle technologie est moins bien reçue par les dirigeants en général (18 % d’intéressés dont 1 % « très « intéressés).

A noter un intérêt tout de même plus important pour les dirigeants d’entreprises de 50 salariés et plus (30 % d’intéressés).

Acteur de santé ? Érosion des actions déclarées par les dirigeants, différences de points de vue entre dirigeants et salariés

En termes d’actions concrètes, une large majorité des dirigeants (68 % - 79 % pour les entreprises de 50 salariés et plus -) estiment que des « actions sont menées » dans leur entreprise. Mais :

  • Leur jugement est en baisse par rapport à 2014 (-11 points), même si cette baisse n’est pas synonyme de désaveu : 83 % des dirigeants estiment que les actions menées pour la santé des salariés sont « importantes » (+8 points par rapport à 2014).
  • Et des divergences de points de vue demeurent par rapport aux salariés, dont seulement 35 % estiment que des actions sont conduites dans leurs entreprises en matière de santé. L’ampleur de cette différence d’appréciation entre dirigeants et salariés s’explique notamment par une différence d’accès à l’information concernant ce qui est mis en œuvre au sein d’une entreprise : un salarié sur deux se dit « mal informé » concernant les dispositifs mis en œuvre au sein de sa propre entreprise.

À ces différences s’ajoutent des disparités significatives par secteurs d’activité et par tailles d’entreprise : une plus forte proportion de salariés (43 %) perçoivent des actions dans le secteur de l’industrie, et davantage de salariés de grandes entreprises estiment que des actions sont menées (40 % contre 35 % au total) ; symétriquement, davantage de salariés d’entreprises de moins de 50 salariés disent qu’aucune action n’est menée (27 % contre 19 % au total).

Que faire (1) ? Les dispositifs manquants à développer

Concernant les dispositifs manquants dans l’entreprise et devant être instaurés prioritairement, les éléments se regroupent en trois catégories distinctes, en fonction des publics considérés :

  • Les dispositifs prioritaires communs aux salariés et aux dirigeants : des « mesures pour lutter contre le stress au travail » (citées par 41 % des salariés - 49 % des salariés de grandes entreprises - et 19 % des dirigeants) qui est de loin la priorité à mettre en place pour agir sur la santé des salariés, puis la « restauration collective avec des repas équilibrés » (citée par 18 % des salariés et 15 % des dirigeants - 28 % des dirigeants d’entreprises de 50 salariés et plus -) et des « actions de prévention sur la santé en général » (citées par 15 % des salariés et 12 % des dirigeants) ;
  • Les dispositifs prioritaires du point de vue des salariés : un « management à l’écoute des enjeux de santé des salariés » (19 % de citations - dont 25 % des salariés de grandes entreprises -), des « lieux de repos ou de pause pour les salariés » (17 % - 21 % des salariés du secteur des services -), et la « trousse de médicaments courants » (14 %) ;
  • Les dispositifs prioritaires du point de vue des dirigeants : les « défibrillateurs « (26 % de citations), des « supports d’information concernant la santé » (16 %), des « outils d’aide en vue d’une démarche responsable en termes de consommation des frais de santé » (13 %), et une « complémentaire santé souscrite par l’entreprise » (11 %). Concernant ce dernier point, 12 % des salariés estiment qu’il s’agit d’un dispositif manquant à mettre en place (dont 16 % des employés d’entreprises de moins de 50 salariés).

Que faire (2) ? Les améliorations prioritaires

En termes d’améliorations, ce sont principalement les dispositifs relatifs aux conditions de travail qui sont à optimiser prioritairement du point de vue des salariés, à travers : la « réduction de la pression sur les objectifs » (32 % - dont 40% des salariés de grandes entreprises -) et l’amélioration des « relations de management » (27 % - dont 30 % des salariés de grandes entreprises -). Le « réaménagement des espaces de travail » (condition matérielle) constitue également un axe d’amélioration important pour les salariés (17 % - dont 21 % des salariés de grandes entreprises -).

Pour les dirigeants, ce sont principalement les dispositifs relatifs à l’hygiène et à la santé qui sont à améliorer en priorité, à travers : une « meilleure information des salariés concernant les risques sur la santé » (28 %) et une « réduction des risques liés à l’activité physique » (22 %). Une « réduction du bruit au travail » (condition matérielle) apparaît également comme un axe d’amélioration important pour les dirigeants (19 %), notamment dans le secteur de l’industrie (31 %).

L’ANI : une adhésion massive et quelques craintes

Au cœur de l’actualité, l’Accord National Interprofessionnel, qui obligera à partir du 1er janvier 2016 les salariés à bénéficier d’une couverture santé avec des règles de remboursement imposées est bien connu par les dirigeants d’entreprise : 82 % des dirigeants connaissent cet accord (88% d’entreprises de 10-49 salariés et 89 % dans le secteur de l’industrie) contre 55 % des salariés.

L’ANI est globalement bien accueilli, par 72 % des salariés (qui estiment majoritairement qu’il représente l’opportunité d’avoir des soins de santé) et 64 % des dirigeants (voire 87 % des dirigeants d’entreprises de 50 salariés ou plus), qui voient en lui une action positive pour la santé des salariés.

Pour leur part, les personnes plus critiques envers l’ANI dénoncent avant tout le fait que cet accord impose une charge financière (8 % de l’ensemble des salariés et 19 % de l’ensemble des dirigeants), et 7 % des salariés craignent d’être être perdants en regard de leur situation actuelle.

L’entreprise, acteur de santé : pour l’avenir, plusieurs chemins de convergence

Cette deuxième vague de l’observatoire « Entreprise et Santé »  est riche d’enseignements parce qu’elle illustre la persistance d’une ambition partagée y compris face à la crise, mais également de divergences de points de vue et d’attentes.

À ce titre l’un des enjeux majeurs pour l’avenir, en matière de santé en entreprise, consistera à :

  • Mieux diffuser l’information, pour que des salariés aient conscience de l’ampleur des actions engagées ;
  • Mieux répondre aux attentes des dirigeants et des salariés ;
  • Corriger les impatiences spécifiques à certains secteurs (industrie) ou catégories d’entreprise (stress dans les grandes entreprises).

L’ensemble de ces données indiquent qu’en réalité les stratégies de santé en entreprise se nomment diversité, pour mieux intégrer demain toutes les parties prenantes.

Eva Moachon et François Miquet-Marty

Télécharger en pdf les résultats de l'étude Viavoice Observatoire « entreprise et santé » - vague 2« entreprise et santé » - vague 2