Liberation
11/05/2015
 

Ce mercredi 6 mai aura lieu le troisième anniversaire du retour de la gauche au pouvoir en France. Si le bilan est souvent jugé insuffisant notamment en raison de la persistance d’un taux de chômage élevé, quelles sont les perspectives d’avenir ? Non seulement en termes de souhaits et de pronostics pour 2017, mais plus profondément en termes de valeurs pour demain ?

Pour répondre à ces interrogations, Viavoice leur consacre cette édition exceptionnelle de son baromètre d’opinion, reposant sur un échantillon de 2 002 personnes et permettant de disposer de résultats significatifs auprès des sympathisants de gauche.

 

Ce mercredi 6 mai aura lieu le troisième anniversaire du retour de la gauche au pouvoir en France. Si le bilan est souvent jugé insuffisant notamment en raison de la persistance d’un taux de chômage élevé, quelles sont les perspectives d’avenir ? Non seulement en termes de souhaits et de pronostics pour 2017, mais plus profondément en termes de valeurs pour demain ?

Pour répondre à ces interrogations, Viavoice leur consacre cette édition exceptionnelle de son baromètre d’opinion, reposant sur un échantillon de 2 002 personnes et permettant de disposer de résultats significatifs auprès des sympathisants de gauche.

Ces données révèlent pour l’avenir une gauche en manque d’un centre de gravité, lequel permettrait de réconcilier les priorités perçues de la « gauche au pouvoir » et celles attendues par le « peuple de gauche ».

Entre la « gauche au pouvoir » et le « peuple de gauche » : le grand écart des priorités

Le procès est sans appel : aux yeux du « peuple de gauche », la « gauche au pouvoir » est animée par des priorités en lesquelles ce dernier ne se reconnaît pas :

  • Les éléments qui ont le « plus d’importance » pour les sympathisants de gauche sont par ordre décroissant « l’emploi » (41 %), la « justice sociale » (39 %), la « qualité de vie » (29 %), le « pouvoir d’achat » (27 %) et le « respect de l’environnement » (27 % également) ;
  • Or parmi ces cinq priorités, la « gauche au pouvoir » n’en partage véritablement qu’une seule aux yeux des personnes interrogées : « l’emploi » (43 %), registre sur lequel malheureusement les résultats font défaut… Pour le reste, les écarts de pourcentages sont frappants : la « gauche au pouvoir » apparaît relativement peu préoccupée de « justice sociale » (22 %, contre 39 % en termes de priorités pour les sympathisants de gauche), de « qualité de vie » (seulement 5 %, contre 29 %), de « pouvoir d’achat » (15 % contre 27 %) et de « respect de l’environnement » (6 % contre 27 %).

Ainsi prospère un véritable effet de ciseau : la « gauche d’en haut » est notamment perçue à travers des objectifs de croissance et de sécurité, alors que la « gauche d’en bas » parle beaucoup plus de « justice sociale », de « qualité de vie » et d’« environnement ».

Cette ambivalence recouvre en partie la confrontation entre la ligne « Valls-Macron » et celle des « frondeurs ». Mais elle la dépasse largement car ses publics sont plus vastes (le « pouvoir » et le « peuple ») et ses enjeux plus diversifiés.

Perspective 2017 : érosions des crédibilités et doutes sur l’avenir de la gauche

Qui plus est, en vue de 2017 prévalent aujourd’hui des érosions de crédibilités présidentielles. Ces baisses affectent l’image de la plupart des leaders de gauche, qu’il s’agisse de Manuel Valls qui demeure cependant largement en tête (38 %, -2), François Hollande (18 %, -2) ou Emmanuel Macron (21 %, -2). À droite, un phénomène similaire apparaît, qui ternit également l’image de Marine Le Pen (25 %, -4). En revanche, le score concernant Alain Juppé demeure nettement en tête des résultats obtenus par les personnalités de droite, et affiche une stabilité au cours du temps (48 %).

Ces évolutions sont intéressantes parce qu’elles ne consacrent pas de « transfert de leadership » de la gauche vers la droite. Concrètement, la « grande victoire » enregistrée par l’UMP lors des élections départementales des 22 et 29 mars ne se convertit pas en une alternance des présidentiabilités au bénéfice de la droite.

Pour l’essentiel, ces érosions affectent une partie du crédit d’opinion dont ont bénéficié un grand nombre de dirigeants politiques après le 11-janvier.

En outre, en vue de 2017 prospèrent des doutes sur la capacité de la gauche à se maintenir au pouvoir : seuls 46 % des sympathisants de gauche estiment que leur camp peut « gagner la prochaine présidentielle ».

La gauche à la recherche d’un centre de gravité…

Dès lors pour l’avenir, et particulièrement dans le contexte des divergences de priorités perçues entre le pouvoir et les sympathisants, s’impose à gauche la recherche d’un centre de gravité.

Au répertoire des personnalités incarnant le mieux « la gauche souhaitée pour demain », s’imposent par ordre décroissant, alternant représentants du pouvoir et représentants d’une « autre gauche » : Manuels Valls (33 %) puis Martine Aubry (25 %), François Hollande (20 %) puis Jean-Luc Mélenchon (19 %). ; une hiérarchie, mais pas la prééminence incontestée d’une seule personnalité.

Aujourd’hui, ce centre de gravité de la gauche demeure pour l’essentiel à établir et à conquérir, et celui ou celle qui parviendra à s’en approcher au cours des mois qui viennent disposera d’un avantage majeur à faire valoir dans la perspective de 2017, et d’une capacité à amplifier, demain, l’espoir du « peuple de gauche ».

François Miquet-Marty

Télécharger en pdf les résultats du Baromètre Viavoice - Libération - Vague 3 - Mai 2015