HEC Figaro FranceInter
01/06/2015
 
baroHECjuin2015De frémissements en vents porteurs, la « reprise » économique est devinée ou espérée depuis longtemps. Le 14 juillet 2013, le président de la République estimait que la croissance était « là » ; aujourd’hui (20 mai 2015) le ministre des Finances Michel Sapin juge « parfaitement possible » 1,5 % de croissance en fin d’année.

Qu’en pensent les cadres, aux avant-postes de la vie économique et de la conjoncture ? Interrogés lors de cette nouvelle vague du « Baro éco » Viavoice – HEC – Le Figaro – France Inter, ils émettent un jugement massif et sévère : les trois quarts d’entre eux (75 %) estiment que la « reprise économique » n’est « pas là ».

 

De frémissements en vents porteurs, la « reprise » économique est devinée ou espérée depuis longtemps. Le 14 juillet 2013, le président de la République estimait que la croissance était « là » ; aujourd’hui (20 mai 2015) le ministre des Finances Michel Sapin juge « parfaitement possible » 1,5 % de croissance en fin d’année.

Qu’en pensent les cadres, aux avant-postes de la vie économique et de la conjoncture ? Interrogés lors de cette nouvelle vague du « Baro éco » Viavoice – HEC – Le Figaro – France Inter, ils émettent un jugement massif et sévère : les trois quarts d’entre eux (75 %) estiment que la « reprise économique » n’est « pas là ».

L’absence de « reprise » : les trois histoires d’une perception

Certes, le contexte économique actuel paraît propice : croissance de +0,6 % au premier trimestre, investissement des entreprises en hausse, consommation des ménages favorisée par la baisse des cours du pétrole, euro faible favorable aux exportations…

En réalité, la perception massivement négative des cadres concernant la « reprise » est le fruit de trois histoires :

  • Sur le « long terme » la persistance de données structurellement négatives. Depuis la crise de 2008 les cadres sont pessimistes sur les perspectives économiques de la France, et le demeurent aujourd’hui : ils anticipent plutôt une dégradation du niveau de vie en France (39 % contre 25 %) et de l’emploi (63 % contre 12 %) ;
  • Sur le « court terme » (d’un mois sur l’autre), le jugement des cadres subit une nouvelle dégradation : en matière d’emploi par exemple, la proportion de cadres anticipant désormais une augmentation du chômage progresse de cinq points par rapport au mois dernier ;
  • En revanche sur le « moyen terme » (semestre) prévaut un trend d’amélioration : de septembre dernier à aujourd’hui, l’indice synthétique du moral des cadres a progressé de -52 à -31 ;

Ces trois histoires sont la traduction de la nature de la crise, particulièrement en France : des difficultés structurelles alimentées par les spécificités françaises (faible compétitivité, faiblesse des exportations et des ETI), des fluctuations de court terme pour beaucoup imputables à l’actualité, une amélioration de moyen terme en grande partie liée à la conjoncture internationale.

Podium des entreprises attractives par temps de crise : EDF, Total (en forte progression), SNCF

Invités à citer les « grandes entreprises » dans lesquelles ils aimeraient « travailler dans les années qui viennent », les cadres citent en priorité : EDF (17 %), Total (15 %) et SNCF (9 %). Ces résultats sont frappants par l’homogénéité des secteurs cités : énergie et transports.

Surtout, ils amplifient encore les scores enregistrés l’année dernière sur cette même question, particulièrement pour Total (+ 6 points en un an), qui a déployé une campagne de communication corporate et RH puissante et une identité nouvelle (« Committed to better energy »), soulignant son engagement pour une énergie « plus verte, plus accessible et plus responsable ».

Ainsi ces résultats d’attractivité témoignent de :

  • La sécurité de long terme offerte par ces entreprises qui investissent dans la durée ; cette stabilité anticipée est particulièrement importante en période de morosité économique ;
  • Les avantages propres à chacune de ces entreprises (EDF notamment) et les potentialités d’évolution qu’elles proposent en leur sein ;
  • Une capacité de projection dans la préparation du monde de demain, particulièrement amplifiée concernant Total.

Qui plus est, ces résultats témoignent de manière inattendue de la moindre attractivité persistante des majors du numérique : Google et Apple notamment, cités respectivement en quatrième et huitième positions, obtiennent de bons résultats mais ne parviennent pas à supplanter les entreprises « historiques ».

Les cadres, la reprise et la temporalité

Plus globalement, l’ensemble des résultats de cette étude révèlent un important effet de ciseau entre :

  • La médiatisation justifiée d’un contexte plus favorable : facteurs de « sortie » de crise, et perspectives plus dynamiques à horizon 2016 ;
  • La réalité vécue par une large partie des cadres, qui demeure encore souvent éloignée de cette reprise annoncée.

Dans ce contexte, les discours sur la « reprise » peuvent donc certes être mobilisateurs, mais également apparaître, pour beaucoup, comme un déni de réalité.

François Miquet-Marty

Télécharger en pdf les résultats du Baromètre Viavoice Moral des cadres - Juin 2015