HEC Figaro FranceInter
03/07/2015
 
La situation en Grèce n’est-elle qu’une affaire grecque ? En défaut de paiement de ses créanciers (Union européenne et FMI), soumise à l’hypothèse d’une sortie de l’euro, la Grèce est appelée à se prononcer par référendum dimanche 5 juillet. Pour les cadres en France, cette situation est-elle véritablement préoccupante pour l’économie européenne et également pour l’économie française ? Cette nouvelle livraison du « Baro éco » Viavoice – HEC – Le Figaro – France Inter livre des résultats massifs.
 

Grèce : fortes inquiétudes pour les répercussions en Europe et en France

La situation en Grèce n’est-elle qu’une affaire grecque ? En défaut de paiement de ses créanciers (Union européenne et FMI), soumise à l’hypothèse d’une sortie de l’euro, la Grèce est appelée à se prononcer par référendum dimanche 5 juillet.

Pour les cadres en France, cette situation est-elle véritablement préoccupante pour l’économie européenne et également pour l’économie française ? Cette nouvelle livraison du « Baro éco » Viavoice – HEC – Le Figaro – France Inter livre des résultats massifs :

  • 74 % des cadres estiment qu’un « défaut de paiement » de la Grèce aurait des conséquences importantes » sur « l’économie européenne » ;
  • 60 % sur « l’économie française ».

De fait, plusieurs facteurs peuvent alimenter les inquiétudes :

  • Le montant que la Grèce laisse impayé à l’Union européenne et au FMI ;
  • Une moindre confiance en l’euro et la possibilité de mouvements spéculatifs à la baisse sur l’euro ;
  • Des inquiétudes pour les avoirs éventuels des banques européennes en Grèce, et des interrogations sur les échanges économiques entre la Grèce et la France, même si en termes relatifs ils sont peu importants ;
  • Des préoccupations matérielles pour les touristes notamment français et allemands, nombreux en Grèce.

En outre, les conséquences directes peuvent être géopolitiques :

  • Ouverture de la Grèce aux relations avec la Russie ;
  • Existence d’un précédent en matière de sortie de l’euro, pouvant encourager les eurosceptiques, notamment en Angleterre.

En dépit de ces préoccupations, l’été 2015 n’est pas comparable avec l’été 2011, lorsque la crise des dettes souveraines en Europe avait entraîné une chute brutale et massive du « moral des cadres ». À l’époque était redouté un « effet domino » pouvant entraîner plusieurs pays européens (Espagne, voire Italie) vers un défaut de paiement, et ce risque semble aujourd’hui écarté.

Dirigeants de grandes entreprises : des images en nette progression

Pour leur part, les grandes entreprises en France et leur dirigeants seraient des mal-aimés perpétuels.

Pourtant, les résultats recueillis infirment cet a priori d’un immuable  discrédit : auprès des cadres, l’image des principaux dirigeants d’entreprise s’améliore nettement cette année, enregistrant des progressions souvent supérieures à plusieurs points.

En tête du palmarès des dirigeants de grandes entreprises : Michel-Édouard Leclerc et Xavier Niel, pourfendeurs de la « vie chère »

En tête du palmarès figurent deux noms parmi les plus présents dans l’esprit du grand public : Michel-Édouard Leclerc (58 %, +4 points) et Xavier Niel  (52 %, - 2). L’un et l’autre ont forgé leur réputation et leur popularité sur le même argumentaire : la lutte contre la « vie chère », la défense du consommateur contre les producteurs, les distributeurs, les opérateurs « historiques ». À ce titre l’un comme l’autre parviennent à tempérer les procès couramment intentés aux dirigeants de grandes entreprises.

Si l’image de Xavier Niel est globalement stable au cours des années, celle de Michel-Édouard Leclerc progresse de manière significative notamment à la faveur de l’intention du distributeur, fermement affichée, d’investir un milliard d’euros dans le numérique, de créer 10 000 emplois en concurrençant Amazon. En outre, l’enseigne « Leclerc », portée par 2 % de croissance en 2014, est celle qui connu la progression d’activité la plus significative.

Bernard Arnault et Carlos Ghosn : les plus fortes progressions

En troisième et quatrième position, Bernard Arnault (43 %, + 9 points) et Carlos Ghosn (42 %, + 8) connaissent les plus belles progressions de l’ensemble du palmarès, par rapport aux données enregistrées l’année dernière. Ici, les raisons de la progression sont très différentes :

  • Le président-directeur général de LVMH capitalise ici notamment sur la création très médiatisée de la Fondation Louis Vuitton, inaugurée le 20 octobre 2014, et offrant non seulement une esthétique architecturale, des expositions de qualité et des concerts. En outre, au rang des actions visibles de tous figurent notamment, le projet de rénovation de La Samaritaine à Paris, sur lequel Bernard Arnault s’est personnellement impliqué, et l’acquisition du Parisien par LVMH ;
  • Le PDG de Renault et président de Nissan capitalise pour sa part sur la sortie de crise automobile, sur sa foi constante en l’avenir du véhicule électrique, sur la pérennité de ses mandats (depuis 15 ans à la tête de Nissan, depuis 10 ans à la tête de Renault), et vient de bénéficier de la reconduction de son mandat à la présidence de Nissan.

Aux racines du succès : sociétal, entrepreneurial et commercial…

Ces évolutions sont très intéressantes parce qu’elles décrivent des images de dirigeants d’entreprise qui évoluent en fonction de registres très différents de la vie de l’entreprise : l’implication contre la vie chère (E. Leclerc, Free), l’engagement culturel (LVMH), les résultats de l’entreprise (Renault Nissan), la commercialisation (Dassault).

C’est dire que l’image d’un dirigeant de grande entreprise n’est pas nécessairement cantonnée à la vie financière de sa société. D’autres vecteurs peuvent également en promouvoir la réputation, et cela constitue une opportunité historique non seulement pour mieux faire connaître les intéressés, mais également pour diversifier les champs de perception de l’entreprise, et mieux en faire appréhender la réalité.

Moral des cadres : sous la stabilité, l’ambivalence

Dans le contexte actuel, la stabilité apparente du « Moral des cadres » ne doit pas faire illusion. Elle recouvre en réalité deux phénomènes contraires :

  • Des inquiétudes atténuées en matière macro-économique ;
  • Mais un degré de démotivation toujours très élevé : près de 6 cadres sur 10 (59 %) estiment que leurs collaborateurs ne sont « pas motivés ».

Ces résultats contrastés signifient que le discours d’amélioration est pour l’instant circonscrit à la sphère conjoncturelle macro-économiques, mais qu’un grand nombre d’entreprises ne décèlent pas de dynamique nouvelle au sein de leur activité, et qu’un phénomène d’usure psychologique s’installe auprès d’une large partie des cadres. À ce stade le scénario d’une « sortie de crise » demeure plus théorique que tangible.

François Miquet-Marty

Télécharger en pdf les résultats de l'étude Viavoice Baromètre moral des cadres - Juillet 2015