Liberation
06/07/2015
L’histoire de 2017 serait déjà écrite, le face-à-face Hollande-Sarkozy presque engagé. Pourtant en termes d’opinion, Manuel Valls et Alain Juppé perturbent ce jeu en capitalisant sur des soutiens plus importants que les deux premiers prétendants.

Surtout, cette nouvelle vague du baromètre politique Viavoice pour Libération révèle les bons scores obtenus également par Martine Aubry, Ségolène Royal et même… Dominique Strauss-Kahn concernant leur capacité perçue à être candidats de gauche en 2017. Et elle illustre ainsi de profonds désirs de rupture au sein de l’opinion.

 

L’histoire de 2017 serait déjà écrite, le face-à-face Hollande-Sarkozy presque engagé. Pourtant en termes d’opinion, Manuel Valls et Alain Juppé perturbent ce jeu en capitalisant sur des soutiens plus importants que les deux premiers prétendants.

Surtout, cette nouvelle vague du baromètre politique Viavoice pour Libération révèle les bons scores obtenus également par Martine Aubry, Ségolène Royal et même… Dominique Strauss-Kahn concernant leur capacité perçue à être candidats de gauche en 2017. Et elle illustre ainsi de profonds désirs de rupture au sein de l’opinion.

Candidatures 2017 : Valls, DSK, Royal, Aubry, ou trois désirs de rupture

La hiérarchie des chiffres est éloquente : 47 % des personnes interrogées estiment que Manuel Valls serait un « bon candidat » pour « la gauche lors de la présidentielle de  2017 » ; 37 % expriment cette opinion à propos de Dominique Strauss-Kahn, 32 % à propos de Ségolène Royal, 28 % à propos de Martine Aubry, 24 % à propos d’Arnaud Montebourg, 23 % à propos de François Hollande et 17 % à propos de Jean-Luc Mélenchon.

Pour leur part, 67 % des sympathisants de gauche estiment que Manuel Valls serait un « bon candidat », 62 % Martine Aubry, 56 % François Hollande et Ségolène Royal                (à égalité), 45 % Dominique Strauss-Kahn, 37 % Arnaud Montebourg et   35 % Jean-Luc Mélenchon.

Ces résultats frappants s’expliquent par trois désirs de rupture :

  • Une rupture par rapport au « scénario pressenti » François Hollande - Nicolas Sarkozy ;
  • Une rupture politique par rapport à François Hollande et Manuel Valls, laquelle joue en faveur de Martine Aubry (« local » et « renaissance ») et de Ségolène Royal (« environnement ») ;
  • Une rupture contre le système, dont bénéficie Dominique Strauss-Kahn.

Dominique Strauss-Kahn : quel phénomène d’opinion ?

Les données concernant Dominique Strauss-Kahn sont particulièrement inattendues :

  • Auprès des Français, « DSK » obtient des résultats plus élevés que ceux de la plupart des autres personnalités de gauche ;
  • Auprès des ouvriers, il recueille un pourcentage plus important (40 %) que ceux de  toutes les autres personnalités de gauche, devançant Manuel Valls (35 %) et surclassant François Hollande (22 %).

Les réponses ont été enregistrées après la relaxe obtenue par l’ancien Directeur général du FMI dans l’affaire du Carlton. Mais surtout, en « DSK » se conjuguent plusieurs atouts d’image, suffisamment puissants pour surmonter des réticences notamment auprès d’une partie de la « France d’en bas »  :

  • Une dimension « hors système », notamment à la faveur des procès en justice ;
  • À l’opposé l’image d’une « compétence » confortée cette fois au cœur du « système » (Sciences Po, ministère de l’Économie, FMI), jugée particulièrement pertinente face à une crise et un chômage qui se prolongent en France ;
  • Une détermination, une force perçues.

Ces résultats ne constituent pas un blanc-seing d’opinion en faveur de Dominique Strauss-Kahn, mails ils désignent, en creux, des éléments attendus par une partie de l’opinion.

L’exécutif : pénalisé pour sa politique, y compris en termes de nécessité perçue

Si Manuel Valls est toujours cité comme la personnalité de gauche la plus à même de faire un « bon président de la République » (35 %), le score qu’il obtient est en baisse de 3 points par rapport à la précédente mesure, et de 5 points par rapport à février. Ce repli s’explique notamment par « l’affaire » du voyage à Berlin. François Hollande pour sa part dispose d’un chiffre inchangé à 18 %.

Les deux hommes sont pénalisés par les jugements sur la politique mise en œuvre : 63 % des Français, et 37 % des sympathisants de gauche déclarent « désapprouver » cette politique, jugée inefficace ou mal orientée.

De surcroît, cette politique aurait pu être considérée comme « nécessaire » notamment pour les fondamentaux de l’économie française. Or tel n’est pas le cas ; sur l’ensemble des critères pris en compte, une majorité de Français estiment que « François Hollande et Manuel Valls » font « des réformes qui ne sont pas nécessaires ».

Gauche-droite-FN : un sentiment d’impasse, ou la vanité d’une alternance ?

Pour autant, si la gauche au pouvoir suscite des déceptions, les autres sensibilités ne parviennent pas à entraîner l’adhésion : seuls 34 % des Français estiment qu’un gouvernement « UDI-LR » « ferait mieux », 23 % qu’un « autre gouvernement de gauche ferait mieux » et 28 % qu’un « gouvernement FN ferait mieux ». À droite, Nicolas Sarkozy subit un net repli (29 % des Français pensent qu’il serait un « bon président de la République », -4 points) notamment en raison des affaires dont il est l’objet, et l’écart se creuse avec François Fillon (48 %, stable). Pour sa part le score de Marine Le Pen est stable (25 %).

Les migrants : la moitié des Français favorables à une restriction

Au cœur de l’actualité, la question des migrants en Méditerranée constitue une source de clivage majeur. La moitié des personnes interrogées (49 %) estiment qu’il faudrait « accueillir moins de migrants », et seules 10 % qu’il faudrait en « accueillir davantage ». À gauche où la question est particulièrement sensible, les sympathisants sont partagés : 42 % plaident pour le statu quo, 30 % pour la fermeture, 22 % pour l’ouverture. Les sympathisants UDI-LR sont eux-mêmes divisés (53 % en faveur de la fermeture) et seuls les sympathisants FN dégagent une unanimité (80 % en faveur de la fermeture).

Désirs de rupture et sentiment d’impasse : l’inertie ou l’explosion

Deux tendances fortes se dégagent de cette étude : des désirs de rupture et un sentiment d’impasse. Selon la prévalence des uns ou de l’autre, cela peut conduire à l’inertie ou à l’explosion. Cette équation sera décisive en vue de 2017.

François Miquet-Marty

Télécharger en pdf les résultats du Baromètre Viavoice - Libération - Juillet 2015