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11/12/2012
 
Les dirigeants d’entreprise en France retrouvent-ils quelques raisons d’espérer en l’avenir économique du pays ?
 

 Cette vague d’enquête a été réalisée dans un contexte particulier, certes avec des perspectives de croissance et un endettement public inquiétants, mais également avec :

  • Une implication de l’exécutif : pacte de compétitivité suite au rapport Gallois, et prise en compte des inquiétudes suscitées par la taxation des plus-values de cession (mouvement des « pigeons ») ;
  • Une croissance moins mauvaise qu’anticipée au troisième trimestre (+ 0,2).

Malgré ces éléments, les dirigeants d’entreprise affichent un scepticisme macroéconomique massif.

Défiance majeure pour l’avenir de l’économie française

Les trois quarts des dirigeants d’entreprise (77 %) ne sont « pas confiants » pour l’économie française. Ce score est en nette hausse par rapport aux données enregistrées en février (62 %), et prolonge le très mauvais résultat de juin (75 %).

Ces éléments s’expliquent par des jugements sectoriels catastrophiques :

  • Concernant l’emploi, 91 % des dirigeants d’entreprise ne sont « pas confiants » ;
  • Concernant la croissance économique, 85 % ne sont « pas confiants » ;
  • Concernant la maîtrise des déficits publics, 84 % ne sont « pas confiants ».

Sur ces critères les taux de confiance enregistrés se situent à leur plus bas niveau depuis la création de ces indicateurs en mars 2009 (janvier 2010 pour les déficits).

Désaveu des orientations prises par l’exécutif

Ces éléments s’expliquent également par un regard critique sur les orientations de l’exécutif : 43 % des dirigeants d’entreprise estiment que « l’attitude du gouvernement à l’égard des préoccupations des entreprise » a évolué « dans le mauvais » sens, 42 % qu’elle n’a « pas évolué », seulement 13 % estimant qu’elle a évolué « dans le bon sens ».

En revanche, des dirigeants massivement et de plus en plus confiants pour leurs entreprises

Une très large majorité (68 %) des dirigeants se déclarent aujourd’hui confiants « pour leur entreprise », soit une forte hausse de 9 points depuis juin 2012, au lendemain de l’élection présidentielle.

Ce retour d’optimisme s’explique notamment par des chiffres d’affaires revus à la hausse en cette fin d’année : 60 % des dirigeants se disent aujourd’hui confiants sur « le chiffre d’affaires de l’année en cours, en hausse de 3 points. Une aubaine alors que les inquiétudes croissent sur la trésorerie (54 % « confiants », -4) et que la motivation des salariés marque le pas dans le contexte actuel (65 %, -4). Autre explication à cette embellie du moral des dirigeants : l’utilisation du crédit d’impôt prévu dans le Pacte de compétitivité. Ainsi 35 % des entrepreneurs comptent l’utiliser pour investir, 22 % pour augmenter leurs marges et 19 % pour embaucher. Si ces proportions sont bien évidemment très minoritaires, elles ne sauraient être dénuées d’effets tangibles pour les entreprises concernées.

Le mystère d’un effet de ciseau

Ces résultats si ambivalents suscitent une perplexité : comment une inquiétude macroéconomique massive et croissante peut-être aller de pair avec des confiances microéconomiques elles mêmes massives et croissantes ? L’une des réponses consiste à considérer que le Pacte de compétitivité, salué par les organisations patronales et fort utiles pour nombre d’entreprises, n’est pas jugé suffisant pour faire redémarrer « l’entreprise France ». D’une part en raison de ses faiblesses (aides au secteur des services, qui est en situation moins concurrentielle que l’industrie), et d’autre part en raison de ses limites : si la compétitivité est un « mal français » (François Hollande), le pacte ne saurait être considéré comme une réponse immédiatement suffisante à la hauteur de la crise actuelle.

Ainsi prévalent des opinions macroéconomiques très sévères qui pourraient se cristalliser en 2013 si aucune relance n’est perçue. En revanche, si les dirigeants d’entreprise tiennent leurs perspectives d’investissement et d’embauche, cette politique de l’offre pourrait améliorer la conjoncture et apporter un retour de confiance bienvenu. Une addition de bonnes santés micro-économiques reprendrait alors la main sur un moral macro-économique aujourd’hui sinistré

François Miquet-Marty et Aurélien Preud’homme

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