HarmonieFrance2 LeMonde
 
09/07/2013
 
Sous les anxiétés de la dépendance, des vieillesses heureuses d’autonomie. La vieillesse serait-elle un nouveau monde ? Le temps du vieillissement s’impose aujourd’hui de manière totalement inédite en France. Certes en raison de l’ampleur des enjeux financiers (retraites, dépendance) ou de l’allongement de la durée de la vie, mais surtout parce qu’arrive actuellement, au tournant des soixante-dix ans, la génération née après-guerre, celle du « baby boom ». Celle-ci va bouleverser les équilibres démographiques, en accroissant la population âgée. Mais bien plus, cette génération qui a pour partie promu des valeurs d’autonomie et de liberté n’aborde-t-elle pas la vieillesse avec un regard totalement rénové ? Et quelles en sont les implications ?
 
 

Pour apporter des réponses à ces interrogations majeures, Viavoice, Harmonie Mutuelle, France 2 et Le Monde ont créé cet « Observatoire de la révolution de l’âge », reposant sur une triple enquête d’opinion :

  • Une étude quantitative auprès des personnes ayant plus de 70 ans ;
  • Une étude quantitative auprès de la génération de leurs enfants, les 40-70 ans, sensibilités à la question de l’âge pour eux-mêmes et pour leurs parents ;
  • Une étude qualitative par entretiens individuels auprès de personnes ayant plus de 70 ans, réalisée en face-à-face, au domicile des personnes interrogées.

Ce dispositif révèle une réalité bien plus ambivalente qu’on n’aurait pu l’imaginer. Loin d’une image sombre de la vieillesse, loin de l’idée d’un « naufrage », prévalent en réalité deux rivages sans commune mesure.

Le premier, préalable, est une période qui se révèle massivement heureuse, en particulier pour la part inédite d’autonomie qu’elle autorise. Le second, angoissant, est celui des perspectives de la dépendance, le plus souvent en fin de vie. Et ces deux registres se développent aux antipodes l’un de l’autre.

Une vieillesse massivement heureuse pour sa part inédite d’autonomie

Les proportions sont massives et convergentes : 89 % des personnes ayant plus de 70 ans se déclarent « heureuses », dont 37 % « très heureuses ». Et 78 % des enfants (entre 40 et 70 ans) imaginent leur mère « heureuse », et 86 % leur père « heureux ». Ce bonheur déclaré et perçu s’explique par : Un vieillissement qui en lui-même n’est pas considéré comme inquiétant : 63 % des personnes ayant plus de 70 ans déclarent ne pas avoir « peur » de vieillir (contre 33 %) ; Un sentiment de prise en compte : 60 % estiment que « l’on se préoccupe bien des personnes âgées, actuellement en France ». Ce score est particulièrement intéressant à souligner, dix ans après la canicule de 2003 et le nombre important de décès qui avait conduit à stigmatiser l’indifférence d’une partie des Français pour les personnes âgées ; et il est par ailleurs frappant dans un contexte de sentiment d’oubli voire d’« abandon » au sein de notre société ; De façon corrélative, le tissu familiale et de proximité : en priorité, les personnes âgées apprécient dans leur vie d’avoir « du temps à consacrer » à leur « famille » ou à leurs « proches » (44 %), et de se sentir « entourées » par leur « famille » ou leurs « proches » (43 %).

Ce bonheur s’explique plus fondamentalement par une promesse d’autonomie profonde et inédite par sa nature :

  • La « vieillesse », à la différence du « grand âge » est considérée comme un temps de liberté ; aux yeux des personnes ayant plus de 70 ans, on devient « vraiment âgé » quand « on n’est plus autonome dans son logement » et que l’on « a besoin d’être aidé ». Ainsi entendue, la « vieillesse » apparaît effectivement comme un temps de bonheur que clôt, à un âge un autre, l’entrée en dépendance ;
  • De manière symptomatique, « en cas de nécessité » 87 % des personnes interrogées « accepteraient » l’idée de rester chez elles « avec une assistance, une aide à domicile », mais seulement 14 % d’« emménager » chez leurs « enfants »…

En revanche, des disparités majeures existent en fonction des niveaux de vie : 46 % des interviewés (70 ans et plus) ayant été cadres se déclarent « très heureux », contre 27 % des interviewés ayant été ouvriers.

Ces éléments de perception sont fondamentaux en regard des valeurs qui les sous-tendent, et précisément de l’« arrivée » de la génération du baby-boom aux alentours des 70 ans. Il est à cet égard envisageable que ces aspirations à l’autonomie heureuse, dès aujourd’hui affirmées, se confirment et s’amplifient à l’avenir.

Le second temps de la vieillesse : la dépendance, ou la condamnation de l’idéal d’autonomie

L’horizon de la vieillesse, ou le « grand âge », alimente en revanche sa part d’angoisse : celle de la perte d’autonomie :

  • Les personnes ayant plus de 70 ans en ont la conviction : elles se déclarent d’abord préoccupées (51 %) par « la crainte de ne plus être suffisamment autonomes », avant « la maladie » (47 %) ;
  • Leurs enfants éprouvent les mêmes appréhensions : concernant la vieillesse de leurs parents, ils se déclarent en priorité inquiets par leur perte éventuelle d’autonomie (54 %), là encore avant « leur maladie » (48 %).

Si la vieillesse n’apparaît pas comme un naufrage, au contraire, la dépendance est vécue comme son accomplissement.

L’accompagnement de la vieillesse, entre prépondérance des proches et attentes envers les pouvoirs publics

La plupart des personnes ayant plus de 70 ans (76 %) estiment s’être « bien préparées » à leur vieillesse. Et pour cela, les proches ont énormément compté, au premier rang desquels figurent « la famille » (42 %) et « les médecins » (25 %).

En revanche émergent des attentes majeures envers les pouvoirs publics :

  • La prise en charge « des personnes âgées » par « les pouvoirs publics » est jugée « insuffisante » (59 %) ;
  • Et concrètement, « l’offre de services et de soins proposée aux personnes âgées » est elle-même considérée comme « insuffisante » (50 % contre 36 %).

Conclusion

Si la vieillesse est heureuse parce qu’elle peut être une affirmation d’autonomie, alors la perspective de la dépendance devient d’autant plus insoutenable. Intolérable en soi, la dépendance devient également un mépris des valeurs qui autorisent le bonheur.

Et l’appel aux pouvoirs publics se comprend dans cette perspective. Être accompagné par les « pouvoirs publics », certes au cours de la dépendance mais plus globalement pendant toute sa vieillesse constitue la garantie de ne plus être contraint par ses propres ressources ou par celles de ses proches. À cet égard l’adresse aux pouvoirs publics constitue une ultime revendication d’autonomie, au moins matérielle et financière.

En 2013, l’imaginaire nostalgique d’un cocon familial regroupant plusieurs générations sous un même toit ne constitue plus un idéal. Prospèrent au contraire des rêves d’autonomie, gages perçus du bonheur. Et cette autonomie-là, pour être portée au plus haut, appellera des solutions nouvelles, quels qu’en soient les acteurs.

François Miquet-Marty

Télécharger en pdf le Sondage Viavoice pour Harmonie Mutuelle, France 2 et Le Monde - juillet 2013