HEC Figaro FranceInter
14/11/2014
 
Entre la France et l’Allemagne, l’histoire semblait établie : l’Allemagne était le « moteur de l’Europe », son « modèle » constituait une source d’inspiration, et son économie un atout pour celle de la France. Pourtant nous assistons aujourd’hui à un « grand retournement », lourd de conséquences liées, à la manière d’une chute en cascade de dominos, et dont les cadres français révèlent l’ampleur.

Le ralentissement inattendu de l’économie allemande

Le ralentissement récent de l’économie allemande (anticipations de croissances revues à 1,3 % pour cette année contre 1,9 % initialement prévus, à 1,2 pour 2015 contre 2 % prévus, exportations et production industrielle en repli) surprend et interpelle. Cette conjoncture dépréciée forme la première étape du processus.

La relativisation du « modèle allemand »

Ce ralentissement a incité à relativiser la puissance pérenne du « modèle allemand », même si les racines du ralentissement Outre-Rhin sont notamment liées à la moindre croissance des pays émergents et à l’embargo sur la Russie. Qui plus est, il a conduit les instituts de conjoncture allemands à envisager une relance des investissements en Allemagne (transports, transition énergétique) voire une relance de la consommation ; ce nouveau contexte a encouragé Manuel Valls et Emmanuel Macron à plaider auprès d’Angela Merkel en faveur d’un plan d’investissements allemands.

Aux yeux des cadres en France, des effets majeurs sur les économies

Hors d’Allemagne, les traductions économiques de cette nouvelle donne sont considérées comme redoutables. Les réponses livrées par les cadres en France sont sans ambages, frappantes par leur ampleur : 79 % d’entre eux estiment que « la dégradation de la conjoncture en Allemagne aura des répercussions négatives sur l’économie européenne », et 66 % « sur l’économie française ».

Certes, seul un cadre sur cinq (19 %) estime que la ralentissement allemand exercera des « répercussions négatives » sur l’activité de sa propre entreprise. Mais ce chiffre ne doit pas faire illusion : s’il ne définit pas une majorité, il désigne une importante proportion d’entreprises susceptibles d’être affectées par la situation allemande, et de peser en retour sur la conjoncture française. 

Les cadres en France : l’actualité d’un état d’esprit sous tensions

Ces difficultés allemandes s’avèrent donc pénalisantes aux yeux des cadres français.

Pour autant, l’indice synthétique mensuel du « moral des cadres » est désormais orienté à la hausse (+ 6 points). Cette variation positive s’explique pour l’essentiel  par la décrue des appréhensions paroxystiques enregistrées au sortir de l’été (après les publications des mauvais résultats économiques du second trimestre, et la révision à la baisse des anticipations de croissance française pour 2014) :

  • Concernant le chômage, les inquiétudes perdent 4 points, à 71 %, même si bien évidemment ce score demeure singulièrement élevé ;
  • Concernant le « niveau de vie » à venir, les inquiétudes pour l’avenir baissent de 5 points, à 60 % ;
  • Ce repli du pessimisme nourrit un regain de motivation des salariés :     38 % des cadres estiment que leurs « collaborateurs sont motivés », soit une progression de 7 points par rapport aux données obtenues le mois dernier.

Ainsi les cadres en France se voient-ils aujourd’hui soumis à des tensions majeures et contradictoires :

  • Un climat économique général difficile, atone et sans véritables perspectives à leurs propres yeux ;
  • Une sensible décrue des désarrois apparus à la fin de l’été ;
  • De nouvelles épreuves liées aux difficultés allemandes, dans un contexte par ailleurs de menaces déflationnistes.

Pour l’avenir, une amélioration durable du moral des décideurs économiques en France procèderait notamment de :

  • Une réduction de ces tensions, de ces fragilités et incertitudes ;
  • Leur dépassement pour l’accomplissement de réformes de structures (vagues d’études précédentes du baromètre).

Il ne s’agit pas uniquement d’un enjeu d’état d’esprit ; il s’agit, plus encore, d’une question de confiance collective en l’avenir.

François Miquet-Marty

Télécharger en pdf le baromètre Viavoice morale des cadres - Novembre 2014