HEC      Figaro     FranceInter
 
02/04/2013
 
Les cadres français semblent touchés à leur tour par la sinistrose ambiante, face à une activité économique dégradée, et les mauvaises annonces de ces dernières semaines : croissance inexistante, forte dégradation des chiffres de l’emploi, activité des entreprises en berne…
 

 Dans ce contexte délétère, l’indice du moral des cadres enregistre une chute de 6 points à -51, avec une dégradation de l’ensemble des indicateurs. Si ce niveau d’inquiétude reste légèrement inférieur à celui prévalant à l’automne 2011 en pleine crise de la dette, et à l’automne 2012 après l’annonce d’un nouveau plan de rigueur, il semble bien que l’état d’esprit des décideurs envers l’économie ait atteint un haut niveau d’anxiété et d’incertitude, les conduisant à ne pas toujours donner la priorité à l’austérité en matière de politiques publiques.

Des cadres inquiets pour l’économie française mais aussi pour eux-mêmes

Alors que l’Insee a récemment revu à la baisse ses prévisions de croissance et d’emploi pour ce début d’année (11 % de chômage mi-2013, 0 % de PIB de janvier à mars), les perspectives macro-économiques des cadres enregistrent logiquement de fortes baisses :

  • 85 % d’entre eux pensent que le nombre de chômeurs augmentera dans les mois à venir, en hausse de 3 points en un mois ;
  • 67 % des cadres anticipent par ailleurs une dégradation du niveau de vie en France d’ici un an (+4), contre seulement 10 % qui s’attendent à une amélioration, dans un contexte social déjà largement dégradé après 5 ans de crise.

Surtout, au-delà de la conjoncture générale, les cadres français commencent à s’inquiéter pour leur propre situation et celle de leur entreprise :

  • 42 % anticipent une dégradation de leur situation financière personnelle, en forte hausse de 6 points en un mois.
  • Ils ne sont également plus que 14 % (-4) à juger que les opportunités pour faire progresser leur carrière seront « importantes » dans les mois à venir.
  • Enfin, au sein de leurs entreprises, les inquiétudes des cadres sont croissantes en ce qui concerne la motivation : 55 % d’entre eux constatent ainsi que leurs collaborateurs ne sont pas motivés, contre 39 % motivés (-4).

Ainsi mutuellement, les situations macro-économiques et sectorielles alimentent aujourd’hui une dégradation de la confiance qui pourrait être fort préjudiciable pour une année 2013 déjà mal commencée, un tel climat étant peu propice aux investissements.

Les différentes pistes de réforme du système de retraite ne font pas l’unanimité auprès des cadres

Alors qu’une réforme du système de retraite a été annoncé pour 2013 afin de limiter les déficits actuels (plus de 5 milliards en 2013), les cadres apparaissent divisés sur les solutions à mettre en œuvre, même si certaines sont privilégiées sur les autres.

Ils sont ainsi 37 % à juger que relever l’âge légal de départ à la retraite serait une des solutions les plus efficaces (ou acceptables pour eux-mêmes), devant une éventuelle participation des retraités au financement des retraites – que 25 % jugent « efficace » et 21 % « acceptable » – ou une hausse des cotisations (21 % et 20 %). Diminuer le montant des pensions ou limiter leur progression (ce qui a été décidé entre autres par les partenaires sociaux concernant les régimes complémentaires) est en revanche la mesure potentiellement la moins populaire auprès des cadres puisque seuls 15 % la considèrent comme étant l’une des mesures les plus efficaces, et 13 % l’une des plus acceptables.

En revanche, une majorité de cadres souhaiteraient que la réforme prenne en compte d’autres pistes de financement, seul moyen aujourd’hui envisageable pour éviter une baisse du pouvoir d’achat des salariés et des retraités, ou une augmentation du coût du travail en cas de hausse des cotisations.

L’austérité interrogée

Si les cadres s’inquiètent de la conjoncture économique et de l’état des déficits publics, le choix du gouvernement de reporter à 2014 l’objectif de 3 % de déficit est plutôt salué par une majorité relative de cadres :

  • Ceux-ci sont 43 % à juger qu’il s’agit « d’une bonne chose, car il ne fallait pas accroître encore l’austérité », contre 37 % à considérer plutôt qu’il s’agit « d’une mauvaise chose » et qu’il fallait davantage réduire le déficit.
  • En revanche 20 % ne se prononcent pas sur cette question, signe de doutes importants concernant les choix économiques judicieux pour les mois à venir.

Entre une austérité potentiellement préjudiciable pour la croissance et l’emploi et un endettement des pays de la zone euro qui a affolé les marchés financiers à plusieurs reprises depuis le début de la crise, l’équilibre demeure singulièrement difficile, et interroge pour l’avenir l’ensemble des responsables économiques et politiques européens.

François Miquet-Marty et Aurélien Preud’homme

Télécharger en pdf le baromètre Viavoice Moral des cadres - avril 2013