HEC   Figaro   FranceInter
 
05/03/2013
 

Espoir micro-économique, scepticisme macro-économique ou politique. Alors que le gouvernement vient de revoir à la baisse les prévisions de croissance pour 2013, ainsi que les objectifs de réduction du déficit – qui devraient dépasser 3 % du PIB – se pose avec une vigueur redoublée la question des modalités de relance de l’économie pour 2014 et au-delà. Après le Pacte de compétitivité ciblant le coût du travail et l’accord entre partenaires sociaux devant permettre notamment plus de flexibilité pour les entreprises, les cadres encouragent de nouvelles mesures, notamment des aides en faveur des jeunes entrepreneurs.

Ainsi se développe parmi les acteurs économiques l’idée selon laquelle une politique de l’offre favorisant la créativité et l’entrepreneuriat est nécessaire pour gagner en compétitivité et renouer avec la croissance à l’avenir. Qui plus est, cette attente apparaît comme une réponse à l’impuissance perçue des institutions et des décideurs politiques, les cadres se révélant singulièrement sceptiques sur leur capacité à relancer l’économie.

Aider les jeunes entrepreneurs

Près de 7 cadres sur 10 (69 %) jugent « efficace » pour relancer la croissance « d’aider les jeunes créateurs d’entreprise (de moins de 30 ans), par exemple en leur accordant des aides spécifiques à l’investissement ou en supprimant leurs charges sociales ou leurs impôts ». Ils ne sont à l’inverse que 29 % à juger ce type de mesures « pas efficace ». Face à un investissement public en déclin et la frilosité d’un certain nombre de moyennes et grandes entreprises dans le contexte actuel, les créations d’entreprises apparaissent ainsi comme un bon moyen de favoriser l’investissement privé, mais aussi la créativité et le développement de nouveaux marchés en France comme à l’international.

Des institutions nationales et internationales en manque de crédibilité auprès des cadres

Cette volonté de soutien en faveur des jeunes entrepreneurs est d’autant plus vive que les cadres se révèlent singulièrement sceptiques quant à la capacité d’action du politique ou des pouvoirs publics.

À la question « Pour améliorer la situation de l’économie en France, à qui faites-vous le plus confiance ? », 16 % seulement citent François Hollande, pourtant premier du classement, 14 % Pierre Moscovici et Christine Lagarde, en deuxième position ex-æquo, et 9 % Jean-Marc Ayrault ou Arnaud Montebourg. Enfin, Michel Sapin et Laurence Parisot recueillent 8 %, devant Mario Draghi (7 %), Jérôme Cahuzac (5 %), José Manuel Barroso (2 %) et Pascal Lamy (1 %).

De plus, un tiers (34 %) des cadres estiment qu’aucune de ces personnalités ne peut sensiblement améliorer la situation économique, et 11 % ne se prononcent pas : un sentiment d’impuissance institutionnelle inquiétant, même s’il est compréhensible dans un climat général caractérisé par l’absence de croissance réelle et la rigueur budgétaire en France comme dans l’ensemble de la zone euro.

Moral des cadres : des perspectives moins sombres sur un registre micro-économique

En matière de conjoncture, les cadres français apparaissent sensiblement moins inquiets : l’indice synthétique du « moral des cadres » s’établit à -45, contre -48 le mois dernier. Et ici encore, ce repli du pessimisme est motivé par des considérations personnelles ou micro-économiques, et non par des espoirs macro-économiques :

  • 17 % des cadres pensent que leur situation financière personnelle « va s’améliorer », en hausse de 4 points. Ils sont toujours à l’inverse 36 % à estimer que leur situation financière va se dégrader, mais ce chiffre est en repli de trois points.
  • 18 % des cadres anticipent des opportunités « importantes » pour faire progresser leur carrière dans les mois à venir , en hausse de 5 points.

En revanche, les indices macro-économiques demeurent établis à un niveau de pessimisme élevé : 63 % des cadres anticipent une dégradation du niveau de vie en France (+2), et 82 % une augmentation du chômage (-3).

Si l’hypothèse d’une amélioration macro-économique peut être espérée pour la France d’ici la fin de l’année elle ne constitue pas, à plus court terme, un horizon crédible pour les décideurs.

François Miquet-Marty et Aurélien Preud’homme

Télécharger en pdf le baromètre Viavoice Moral des cadres - mars 2013