HEC   Figaro   FranceInter
 
04/02/2013
 
Comment relancer la croissance économique en France ? Certains misent sur l’effet d’aubaine de la croissance mondiale, d’autres sur un retour de l’État ; pour beaucoup, c’est l’état d’esprit des Français qui est à travailler : une psychologie collective désenchantée contreviendrait au dynamisme économique
 

 Les cadres, aux manettes des grandes entreprises et institutions, privilégient nettement deux tout autres leviers : de nouvelles réformes structurelles et des investissements d’avenir. Ces éléments sont essentiels à l’heure où les institutions internationales envisagent au mieux une stagnation du PIB dans la zone euro en 2013, et où la France peine à convaincre de la concrétisation de son objectif de croissance à 0,8 %.

Amplifier les réformes structurelles

Dans ce contexte difficile, les cadres français identifient en premier lieu comme levier de croissance « des réformes structurelles concernant les entreprises » (charges, compétitivité, marché du travail), citées par 46 % des cadres interrogés. Cette attente fait écho aux chantiers déjà engagés – Pacte de compétitivité, accord sur le marché du travail signé récemment par les partenaires sociaux – comme d’autres en attente : l’initiative commune de François Hollande et d’Angela Merkel visant à inviter les partenaires sociaux de leurs pays respectifs à préparer des initiatives communes sur la compétitivité et le modèle social pourrait ainsi aller en ce sens.

Mais cette forte attente des cadres concernant les réformes structurelles constitue également une invitation à aller plus loin, ou plus vite, sur ces sujets.

Pallier la rigueur publique par un climat favorable à l’investissement privé

En deuxième position des moyens identifiés pour renouer avec la croissance figure la volonté de réaliser « davantage de recherche et d’innovation sur des secteurs économiques d’avenir » (45 %). Il s’agit, à ce titre, de se réapproprier l’avenir et de dégager de nouveaux horizons économiques.

Or ces deux enjeux (réformes structurelles et innovation) peuvent paraître liés :

  • Car les réformes structurelles peuvent créer un climat propice à l’investissement des entreprises sur le long terme ;
  • Car tant les réformes structurelles que la R&D concernent en premier lieu les entreprises et le secteur privé, plutôt qu’une intervention de l’Etat (seulement 17 % de citations) devenue de moins en moins probable et rendue difficile par le Pacte budgétaire et l’ampleur des déficits publics.

Pour les cadres, la question de la croissance est donc d’abord une question de complémentarité et de confiance mutuelle entre acteurs économiques : aux gouvernements le soin de réaliser les réformes structurelles nécessaires, aux entreprises d’en profiter pour réaliser des investissements d’avenir, qui feront la compétitivité de la France – et de l’Europe – de demain.

Des perspectives économiques pessimistes mais stabilisées

Pour sa part, le moral des cadres se stabilise aujourd’hui à un niveau très faible : l’indice synthétique se situe à -48 (-2 points), soit un niveau équivalent à la moyenne des indices synthétiques depuis août 2011, correspondant au début de la crise financière liée aux dettes des pays de la zone euro. Preuve que si la crise économique n’est pas aujourd’hui terminée, la confiance des cadres ne se dégrade plus de manière significative.

Ainsi les perspectives macro-économiques des cadres restent très mauvaises, même si les inquiétudes les plus vives s’atténuent :

  • 85 % (-1) des cadres pensent que le chômage augmentera dans les mois à venir, dont 35 % (-4) qu’il augmentera « nettement » ;
  • En termes de niveau de vie, 61 % (stable) des cadres pensent que la situation se dégradera d’ici un an, dont 23 % (-6) « nettement ».

De la même manière, les cadres sont 39 % à anticiper une dégradation de leur situation financière, score en baisse de 3 points. En revanche les perspectives professionnelles sont en repli, après la période de fin d’année, plus propice à des progressions de carrière : seuls 13 % des cadres pensent que les opportunités pour faire progresser leur carrière seront « importantes » dans les mois à venir, contre 21 % fin décembre.

Dans ce contexte, seulement 42 % des cadres jugent leurs collaborateurs « motivés ».

Conclusion : la possibilité d’une sortie de crise

Au total, des cadres depuis longtemps sceptiques et encore sceptiques aujourd’hui privilégient cependant deux solutions que sont les réformes structurelles et l’innovation. Ces éléments sont essentiels parce qu’ils sont la négation de deux fatalismes : le fatalisme des contraintes internationales qui ferait dépendre la France de la conjoncture économique mondiale, et le fatalisme psychologisant d’une France qui serait condamnée au manque d’envie collective.

Entre réformes de structure et soutien à l’innovation, les cadres désignent ici deux leviers majeurs dont la concrétisation pourrait en elle-même contribuer à leur faire regagner une part d’espoir.

François Miquet-Marty et Aurélien Preud’homme

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