HEC Figaro FranceInter
 
01/10/2012
 

Nouvelle détérioration du moral des cadres : vers une crise structurelle ? Alors que les inquiétudes économiques des cadres avaient connu un reflux au printemps avec la campagne présidentielle, celles-ci enregistrent une hausse significative pour le deuxième mois consécutif. Cette détérioration de la confiance économique concerne l’ensemble des indicateurs (chômage, niveau de vie, situation financière personnelle…), établissant l’indice synthétique à -49, soit son niveau enregistré en février dernier, et à deux points du niveau de septembre 2011, alors en pleine crise financière de la zone euro.

Qui plus est, plusieurs facteurs d’inquiétudes s’intensifient : la capacité de la France à limiter ses déficits ou l’impact des plans de rigueur sur la croissance inquiètent de plus en plus les cadres.

La crise des marchés d’août 2011 semble ainsi avoir fait place à une crise plus structurelle en cette rentrée 2012 : il s’agit moins aujourd’hui de sauver la zone euro que de limiter la dette publique et relancer la croissance. Des objectifs qui apparaissent aux cadres bien difficiles à résoudre de manière concomitante dans un contexte européen dégradé et en proie à l’austérité.

Les cadres anticipent une dégradation des grands indicateurs économiques

Selon les cadres, la mauvaise conjoncture actuelle ne devrait pas s’améliorer au cours des douze prochains mois :

  • En termes de niveau de vie, seuls 8 % d’entre eux anticipent une amélioration, contre 65 % qui s’attendent plutôt à une dégradation (en hausse de 5 points) ;
  • Les perspectives en matière d’emploi sont encore plus pessimistes, puisque 84 % des cadres pensent que le chômage augmentera dans les mois à venir (+4) ; seulement 4% (-4) pensent à l’inverse qu’il diminuera.

Ces perspectives très anxiogènes à moyen terme s’expliquent notamment par les estimations actuelles, que celles-ci soient de sources institutionnelles ou politiques. François Hollande a ainsi annoncé une croissance annuelle « à peine supérieure à zéro » début septembre, alors que le gouvernement escomptait jusqu’ici un taux de  0,3 %. Et pour 2013 la Banque de France anticipe une croissance « inférieure à 1% », rendant d’autant plus difficile les objectifs de réduction du déficit budgétaire. Enfin, en matière d’emploi, le Premier ministre lui-même a déclaré ne pas savoir si le gouvernement réussira à inverser la courbe du chômage d’ici un an.

La capacité de la France à réduire ses déficits en tête des préoccupations actuelles

Au-delà de cette dégradation conjoncturelle des anticipations en matière d’emploi et de croissance, les perceptions de la crise évoluent et se cristallisent de plus en plus, par rapport à septembre 2011, sur des éléments structurels tels que la  dette publique :

  • Une majorité de cadres (52 %, +5 points en un an) situent aujourd’hui « la capacité de la France à limiter ses déficits » en tête de leurs préoccupations ;
  • L’impact des plans de rigueur sur la croissance (41 %, +2), ou l’évolution du prix des matières premières (36 %, +8) constituent également des soucis croissants ;
  • A l’inverse, les préoccupations de court terme telles que la difficulté à trouver des financements pour les entreprises (15 %, -3) ou l’évolution des cours de la Bourse (6 %, -10) ne paraissent plus aussi préoccupants ; l’avenir de l’euro, qui ne paraît plus autant menacé, inquiète également moins (19 %, -3).

L’incertitude née de la crise de la dette de l’été et du second semestre 2011 semble donc régresser au profit d’une situation plus prévisible – baisse des dépenses publiques, hausse du chômage et faible croissance en raison des plans d’austérité – sans être plus réconfortante pour les cadres, et sans rétablissement de la confiance malgré la parenthèse liée à l’élection présidentielle.

Des perspectives personnelles également grevées par ce climat délétère

Dans ce contexte, les perspectives personnelles des cadres se dégradent également :

  • 40 % d’entre eux estiment que leur situation financière personnelle « va se dégrader » au cours des mois qui viennent, en hausse de 4 points, contre 13 % seulement qui anticipent une amélioration (-1) ;
  • Et seulement 15 % ont le sentiment que leurs opportunités de carrière sont actuellement « importantes » (-2), contre 80 % « faibles » (+1).

Seule cause d’optimisme en cette rentrée difficile : la motivation demeure à un niveau relativement élevé comparé à l’année passée, puisque 41 % des cadres jugent leurs collaborateurs motivés (-1). Une donnée qui reste essentielle pour la réussite des entreprises, mais aussi pour l’ensemble de l’économie : alors que les Etats sont contraints par des marges de manœuvre de plus en plus réduites, l’esprit entrepreneurial devra jouer, au sein des entreprises, un rôle majeur au service d’une future (et éventuelle) sortie de crise.

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