Bpce LesEchos FranceInfo
22/12/2014
 
En matière de pouvoir d’achat, les Français anticipent-ils désormais une « inversion de la courbe » des inquiétudes ? En effet en cette fin d’année 2014, un faisceau d’actes et de signaux apparaît de bon augure : baisse des prix de l’essence et d’une grande partie des produits alimentaires, suppression de la première tranche d’impôt sur le revenu, engagement du président de la République à ne pas annoncer de nouvelles augmentations d’impôt en 2015.

 

Pourtant, en dépit de ce contexte, cette nouvelle livraison du « Baromètre des projets » Viavoice-BPCE pour Le Monde et France Info révèle qu’une large majorité de Français (57 %) demeure inquiète, estimant que leur « pouvoir d’achat va diminuer » au cours des « trois prochains mois ».

Ce niveau élevé d’inquiétudes s’explique par trois facteurs.

Malgré l’engagement de François Hollande, les Français s’attendent à de nouvelles hausses d’impôt en 2015

Le premier facteur d’inquiétude est un scepticisme concernant l’évolution de la fiscalité en France, et particulièrement l’annonce de nouveaux impôts. Plus des deux tiers des Français (68 %) estiment, « en 2015 », que « François Hollande et le gouvernement vont annoncer de nouveaux impôts ».

Cette opinion est frappante parce qu’elle signifie que l’engagement pris par François Hollande lors de son intervention télévisée du 6 novembre dernier ne recueille pas de crédit auprès des Français. L’ensemble des catégories de la population, jeunes (66 % des 18-24 ans) comme retraités (66 % également), ouvriers (74 %) comme cadres (66 %), partagent ce discrédit.

En outre, à ces évolutions attendues pourront s’ajouter des hausses d’impôts locaux, en répercussion de la baisse de la dotation de l’Etat aux collectivités locales (-3,7 milliards par an).

De nouvelles préoccupations pour la « vie chère »

La deuxième explication de l’inquiétude des Français est celle d’une redéfinition de la « vie chère » : les préoccupations en baisse sur des postes de dépenses courantes sont compensées par des préoccupations croissantes ou importantes sur d’autres postes.

  • Les dépenses en carburant sont celles qui suscitent des préoccupations en baisse régulière et massive : 17 % des Français se déclarent désormais préoccupés par ce poste de dépense (-3 points par rapport au mois dernier, -7 par rapport au mois précédent), qui s’établit au septième rang des préoccupations pour le pouvoir d’achat, alors même qu’il a été au premier rang (printemps 2012 et printemps 2013). Cette baisse est la répercussion directe de la réduction des prix à la pompe ;
  • En revanche, d’autres postes de dépenses sont particulièrement préoccupants pour les ménages.  Outre les inquiétudes concernant les « impôts », toujours très élevées (48 %) alors qu’elles ne l’étaient pas au début du quinquennat de François Hollande,  les dépenses alimentaires sont ce mois-ci nettement plus citées : 38 %, soit une importante progression de 7 points en un mois. Les prix des produits de grande consommation ayant baissé de 1 % en grande distribution (Insee), cette recrudescence des inquiétudes s’explique surtout par les dépenses liées aux fêtes de fin d’année.

Des anticipations d’augmentations salariales ponctuelles

La troisième explication des inquiétudes tient au caractère ponctuel des hausses de salaires anticipées. Près de 8 personnes en activité professionnelle sur 10 (79 %) pensent qu’elles n’obtiendront pas d’augmentation de salaire en fin d’année.

De surcroît, les plus pessimistes sont plus nombreux parmi les plus modestes : 85 % des ouvriers estiment ne pas avoir d’augmentation de salaire, contre 76 % des cadres.

Conclusion. 2014-2015 : un système cumulatif d’inquiétudes

Hausses d’impôts anticipées, préoccupations pour le coût de la vie, absence d’augmentations de salaires : les Français abordent cette fin d’année 2014 et l’année 2015 avec un grand pessimisme microéconomique et macroéconomique, pénalisant pour l’avenir. Comme si des réformes de structures constituaient désormais l’urgence préalable au retour de la confiance.

Télécharger la vague de Décembre 2014.

François Miquet-Marty