Liberation

25.03.16

Assiste-t-on à une clarification des leaderships ? Projet de loi El Khomri, déchéance de nationalité, menaces sécuritaires, signes de printemps économique : la période, très dense et en mutations, permet-t-elle de dessiner le paysage de 2017 ? En réalité, cette nouvelle livraison du baromètre mensuel Viavoice – Libération révèle que deux évolutions contraires : La gauche entre dans une véritable turbulence des leaderships ; À droite au contraire s’affirme le « phénomène Juppé » composant un sacre d’opinion, lequel n’est pas nécessairement un sacre électoral.

 François Hollande et Manuel Valls en baisse, Emmanuel Macron se maintient, Martine Aubry progresse.

La période actuelle se présente comme une épreuve pour l’exécutif. S’il n’a pas encore fait état de son intention de se présenter en 2017, François Hollande voit son image subir une baisse importante : 10 % des Français estiment que le chef de l’État ferait un « bon président de la République » à partir de 2017, soit une baisse de 7 points par rapport aux résultats enregistrés en février. Et « pour représenter la gauche » lors de la prochaine présidentielle, les sympathisants de gauche situent François Hollande en quatrième position. L’image de Manuel Valls connaît une chute équivalente (-7 points) : moins d’un quart des Français le considèrent désormais comme un « bon Président » potentiel (24 %) ; une baisse correspondant à sa position en première ligne sur le projet de loi El Khomri, mais également à des déclarations de moins en moins conciliantes avec le reste de la gauche (les « deux gauches irréconciliables » (discours de Corbeil-Essonnes, 15 février).

Ces mutations bénéficient relativement à Emmanuel Macron, plus en retrait sur le projet de loi et dont les ambitions sont de plus en plus manifestes dans les médias, et qui se maintient ainsi à un niveau élevé de crédibilité présidentielle » (30 %, -2). Mais c’est surtout Martine Aubry, après son retour dans le débat politique national, qui capitalise sur la situation actuelle en termes de crédibilité présidentielle (22 %, +4), et qui est perçue comme la meilleure candidate à gauche, devançant pour la première fois le Premier ministre sur cette question (17 % contre 16 %). Reste à connaître les intentions réelles de la maire de Lille en vue de 2017. Plus largement, l’ensemble de la « gauche de la gauche » marque des points : Arnaud Montebourg 15 % (+4) et Jean-Luc Mélenchon après sa  déclaration de candidature à l’Élysée 14 % (+3) bénéficient de progressions significatives.

À huit mois de la primaire : le « sacre d’opinion » d’Alain Juppé s’impose de plus en plus à droite.

Alors que les clivages s’aiguisent à gauche, le leadership d’Alain Juppé s’amplifie à droite, définissant un « sacre d’opinion » en sa faveur. Au palmarès des présidentiables, Alain Juppé s’impose désormais nettement en tête, alors que le trio « Juppé-Valls-Sarkozy » avait longtemps prévalu au premier rang de ce baromètre : 48 % des personnes interrogées considèrent que le maire de Bordeaux serait un « bon président de la République » pour 2017, loin devant les autres personnalités politiques de droite comme de gauche (Emmanuel Macron et François Fillon étant cités sur des scores nettement inférieurs, respectivement 30 % et 26 %). En sa faveur, Alain Juppé parvient à conjuguer des traits d’image de compétence et de renouveau, associés à une discrétion relative qui pour l’instant lui évite d’être trop exposé sur les grands débats et clivages d’actualité. Ainsi, le maire de Bordeaux est-il nettement considéré comme le « meilleur candidat » de son camp, par 36 % des sympathisants de droite et du centre, contre seulement 23 % en faveur de Nicolas Sarkozy. À l’inverse, le président des Républicains, dont l’image est pénalisée par les affaires, ne parvient pas à imposer une dynamique nouvelle, y compris après la publication de son livre (La France pour la vie, Plon, 2016). Considéré comme un « bon président » potentiel pour 2017 par seulement 24 % des personnes interrogées (-1), l’ancien chef de l’État se voit désormais talonné par Bruno Le Maire (22 %, + 2 par rapport à février, +5 par rapport à novembre).

Cristallisations et décristallisations :

À un peu plus d’un an de la présidentielle, le jeu en vue de 2017 apparaît sous tensions. À une gauche de plus en plus fragmentée fait face une droite de plus en plus dominée par la figure d’Alain Juppé, et une extrême droite emmenée par une Marine Le Pen disposant de soutiens d’opinion toujours aussi puissants. Les mois qui viennent pourront être ceux de cristallisations à gauche en faveur de telle ou telle personnalité, et au contraire de décristallisations à droite, le « phénomène Juppé » appelant à être exposé aux épreuves de la primaire et à une perte corrélative d’une partie de ses soutiens issus de la gauche. L’état de l’opinion ne détermine pas une campagne électorale. L’équation de 2017 s’écrit dès maintenant.

L'ensemble des résultats figurent ci-joint