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23.05.16

Les Français seraient-ils « dépolitisés » ? Souvent présentés comme en proie à la désillusion et au rejet des appareils politiques, dubitatifs sur les solutions apportées par les principaux candidats, tentés par l’abstention, et finalement éloignés de la politique, notre sondage Viavoice-La Croix montre au contraire, à quelques mois d’échéances cruciales pour la vie politique française – Primaire de la droite et du centre, élections présidentielle et législatives – que les Français sont en attente de politique, et montrent même, pour une part significative d’entre eux, une volonté de s’engager et de peser sur le débat public.

Image sondage La Croix

Six Français sur dix intéressés par la vie politique, malgré des clivages sociodémographiques

Une nette majorité de Français (60 %) déclare s’intéresser à la « vie politique », et une majorité encore plus nette (67 %) aux « débats sur les grands enjeux pour l’avenir de la France et des Français ». Enfin, 73 % d’entre eux déclarent parler de politique avec leurs proches, famille, amis ou collègues.

Des chiffres réconfortants en période de difficultés économiques, et de divisions au sein des principales familles politiques françaises, même si des disparités existent :

Selon l’âge des répondants : les moins de 50 ans apparaissant moins intéressés par la vie politique que leurs aînés (49 % des 18-24 ans, 48 % des 25-34 ans et 51 % des 35-49 ans se déclarant « intéressés », contre 69 % des 50-64 ans et 78 % des plus de 65 ans) ;

Mais aussi selon la catégorie socio-professionnelle : les catégories aisées se montrant « intéressées » pour 62 % d’entre elles, contre 48 % des catégories populaires.

Peut-on pour autant dire que la « fracture sociale » chère à Jacques Chirac en 1995 serait toujours d’actualité, entre des Français engagés car intégrés (voire privilégiés), et d’autres catégories plus éloignées du débat politique ? Cette analyse rejoindrait celles, nombreuses, ne voyant dans les nouveaux types de mouvements politiques (« Nuit debout », « En marche », etc.) que l’expression d’une minorité privilégiée ne représentant pas la grande masse du « peuple ».

En réalité, il semblerait que la volonté d’expression et d’engagement des Français transcendent les différentes catégories de population, et que les nouveaux modes d’engagement, quels qu’ils soient – mouvements citoyens, pétitions en ligne, Primaires, etc. – répondent justement à ces déficits d’expression politique auprès de certaines catégories de citoyens qui ne se retrouvaient pas, jusqu’ici, suffisamment représentés dans la vie politique française.

De nouvelles formes d’engagement particulièrement attractives

Les nouvelles formes d’expression politiques intéressent les Français, indubitablement :

66 % d’entre eux se déclarent ainsi prêts à signer une pétition en ligne, contre seulement 43 % qui iraient manifester et 39 % faire grève ;

43 % seraient intéressés par des consultations régulières de citoyens organisées par les pouvoirs publics ;

29 % pourraient adhérer à des mouvements nouveaux en dehors des partis politiques actuels, et 21 % participer à des débats spontanés de citoyens tels que « Nuit debout »), alors qu’ils ne seraient que 19 % à envisager adhérer à un parti politique.

De nouvelles formes d’engagement répondant à des besoins de renouvellement des pratiques

Or cette attractivité des nouvelles formes d’engagement s’explique, au-delà de leur modernité et de leur aspect innovant, par des attentes très concrètes de l’opinion :

- Une volonté de renouvellement : 39 % des personnes interrogées font ainsi surtout confiance aux « nouvelles générations de dirigeants politiques » pour changer la manière de faire la politique ;

- Une volonté de laisser plus de place au « citoyen » : 38% mettent en avant les « mouvements citoyens » pour moderniser la vie politique. Par ailleurs, 38% estiment que « dépasser le clivage gauche-droite » peut contribuer à améliorer la vie politique.

De nouvelles formes d’engagement répondant à des attentes d’expression politique

Surtout, au-delà de ces attentes de renouvellement et de « citoyenneté », les nouvelles formes d’engagement permettent à certaines catégories de population un engagement politique auxquels ils étaient jusqu’ici plus éloignés, faute de « canaux d’expression » :

Ainsi, les personnes âgées de plus de 65 ans et les catégories aisées, moins promptes que les autres à manifester, se montrent particulièrement intéressés par des modes d’expression « institutionnalisés » comme des consultations organisées par les pouvoirs publics. De même, concernant les outils numériques, les catégories aisées privilégient aux mouvements sociaux les pétitions en ligne (69 %, contre 63 % des catégories populaires), et les plus de 65 ans les newsletters de candidats. À l’inverse, les jeunes vont privilégier des formes d’expression moins institutionnalisées tels que les débats spontanés de citoyens comme « Nuit debout », auxquels 32 % des 18-24 ans et 27 % des 25-34 ans sont intéressés (contre seulement 14 % des plus de 65 ans). À noter en revanche que le clivage social souvent mis en avant concernant « Nuit debout » ne se retrouve pas dans l’intérêt formulé par les Français pour ce type de mouvement : en effet, et contrairement à de nombreuses formes d’engagement politique, l’intérêt des catégories aisées (24 %) et des catégories populaires (25 %) est comparable.

Ainsi les différentes formes de participation citoyenne ne s’opposent pas mais se complètent : la « jeunesse » étant plus attirée par des formes d’expression moins institutionnalisée, alors qu’au contraire les retraités souhaitent se faire entendre via des canaux plus institutionnels, organisés par les pouvoirs publics ou les partis politiques.

Primaires, démocratie participative, engagement et communication politiques via le digital, engagements spontanés de citoyens, mouvements en dehors des partis… La vie politique évolue, à n’en pas douter. L’impact de ces évolutions et leur ampleur est encore difficile à mesurer. Ce qui est en revanche plus certain, c’est que ces nouvelles formes d’engagement correspondent à un besoin et à une envie de politique dans la population française, et surtout qu’ils répondent à une volonté d’engagement qui ne trouvait pas jusqu’ici de moyens d’expression dans la vie politique française.

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