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06.06.16

Les habitants de Seine-Saint-Denis et du nord de Paris s’inquiètent de l’émergence d’une contre-société : 74 % pensent que les activités non-déclarées sont un phénomène « de plus en plus fréquent », 67 % ont une image négative de ces trafics, 45 % considèrent que ce phénomène s’est aggravé depuis deux ou trois ans, 55 % depuis plus longtemps, et qu’il concerne tous les secteurs économiques. Il faut prendre en compte des facteurs nouveaux à l’origine du développement de cette « contre-société » : Toutes ces activités se développent aujourd’hui, selon les habitants de Seine-Saint-Denis et du nord de Paris (comme pour l’ensemble des Français), à la faveur de deux facteurs : le développement de l’économie numérique, qui permet de dissimuler par exemple des activités de travail au noir ou des échanges (achats-ventes) de produits sans formalités (fiscales notamment) ; la crise économique et les difficultés sociales ensuite, qui encouragent la « débrouille », les activités non déclarées permettant, selon les sondés, d’arrondir les fins de mois. Cette tendance inquiète majoritairement l’opinion publique en Seine-Saint-Denis et Nord de Paris aussi, tout d’abord pour l’impact de ces activités sur l’emploi, mais aussi pour le manque à gagner pour les finances publiques, mais également pour les problèmes suscités par ces pratiques pour les personnes elles-mêmes. 71 % qualifient le « travail au noir » de dangereux, 66 % de nuisible (35 % de nécessaire). 79 % qualifient le « marché noir » de cigarettes de dangereux, 78 % de nuisible (15 % de nécessaire).

Pour François Miquet-Marty, « on peut dire que se constitue progressivement au sein de la société française une société d’en bas, dissidente, par rapport à ce que les normes imposent : lorsque l’on creuse sur les comportements observés par les Français eux-mêmes, on constate l’existence de deux mondes: le premier monde est celui des activités non déclarées de la vie quotidienne, sans grande importance, en terme de volume, il s’agit d’ activité non déclarées occasionnelles, et puis il y a véritablement des activités non déclarées structurantes, aux yeux des Français, à savoir des personnes qui vivent du travail au noir ou de contrebandes. »

Entre condamnation morale et pragmatisme : le rapport ambivalent des habitants de Seine Saint-Denis et du nord de Paris à cette « contre-société »

D’un côté, il y a la condamnation de ces phénomènes, qui provoquent une opinion négative chez 67 % des personnes interrogées. Pour 51 % des personnes interrogées, ces activités non déclarées « sont illégales, il ne faut donc pas en avoir ». On constate néanmoins que certaines personnes font preuve d’une relative tolérance voire d’une résignation à l’égard de ces pratiques illégales : alors que seules 24 % (les plus « légalistes ») pensent que « quoi qu’il arrive » il n’y a pas de raisons suffisantes pour avoir des activités non-déclarées », 40 % pensent qu’« il est compréhensible d’avoir des activités non déclarées pour avoir un petit complément de rémunération » et 30 % qu’« il est parfois nécessaire d’avoir des activités non-déclarées, sinon on ne s’en sort pas ». 45 % estiment que ces dérives, travail au noir ou marché noir, constituent « un problème de première importance », 40 % « un problème secondaire ».

Fermeté et mesures pragmatiques pour lutter contre cette contre-société

Face à cette situation complexe – risques sanitaires ou sociaux, immoralité des activités non déclarées d’un côté ; bénéfices tirés de l’autre – les mesures préconisées par les habitants de Seine-Saint-Denis et du nord de Paris appellent plutôt au pragmatisme : au-delà de la fermeté, l’information est la mesure la plus attendue : si 34 % des personnes interrogées pensent que les pouvoirs publics doivent agir avec plus de fermeté et appliquer des encourus, que l’on parviendra à mieux lutter contre le phénomène ; sanctions, 45 % pensent que c’est par l’information, des campagnes de dissuasion et d’explication sur les risques. Enfin, pour lutter contre le marché noir et le travail au noir, les habitants de Seine Saint-Denis et du nord de Paris appellent à une moindre taxation des produits vendus dans le circuit légal (61 %), 46% souhaitant que soit appliquer avec plus de vigueur les sanctions visant les activités de travail et de ventes illégales.

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