22.06.16

L’affaire serait entendue. L’économie, les entreprises sont aujourd’hui engagées dans une révolution sans précédent : nouvelles formes de capital, érosion du salariat, démarches participatives, économie du partage, etc. Le vieux monde, pour une large part hérité du 19ème siècle, vacille notamment sous les assauts du monde digital. Mais cette histoire ne masque-t-elle pas la possibilité d’une autre révolution, plus profonde encore ? En France en particulier, les entreprises et le fonctionnement actuels du capitalisme suscitent le discrédit d’une partie de la population. Le temps n’est-il pas venu de penser autrement l’entreprise ? La présente et vaste étude d’opinion, réalisée en exclusivité par Viavoice pour le Medef, révèle une aspiration profonde de la part de l’opinion française : celle d’une consécration croissante des synergies au cœur du monde de demain, autour de l’entreprise. Et, partant, la possibilité d’une nouvelle révolution en regard des conceptions dominantes de l’entreprise en France.

En France, une dualité d’image au cœur de l’entreprise

Avant de révéler les synergies souhaitées, force est de constater, à la lumière des résultats d’étude obtenus, que l’image dominante des entreprises demeure très binaire en France : si les « créateurs d’entreprises »  (64 %) et le « progrès technologique »     (66 %) nourrissent des visions « plutôt positives », en revanche les expressions financières et managériales des entreprises, voire de leur réussite, sont décriées : le « profit » ne suscite une perception « plutôt positive » qu’auprès de 26 % des Français, et les dirigeants d’entreprises auprès de 35 %. Pour autant, et cette observation est essentielle, les aspirations majoritaires ne visent pas à s’affranchir à l’avenir des réalités financières et managériales des entreprises, mais à les inscrire dans des synergies croissantes avec le monde de demain.

Première synergie souhaitée : les entreprises et leurs finalités plurielles

La première synergie souhaitée consiste à mieux rapprocher les entreprises de leurs finalités plurielles. Si l’objectif de performance financière des entreprises est bien connu, celui-ci est souvent décrié dès lors qu’il est perçu comme la principale raison d’être des entreprises.

Au-delà des finalités financières, plusieurs autres finalités méritent donc d’être rappelées et promues, selon les Français :

-Le projet d’entreprise (80 % des Français estiment que « la finance doit être au service du projet d’entreprise et non l’inverse ») mais également le long terme : pour 84 % des Français, les « entreprises devraient davantage montrer que leur stratégie n’est pas uniquement financière, mais comprend une vision à plus long terme » ; le corollaire de ces deux premiers points est l’utilité : 38 % des personnes interrogées pensent que « l’obsession de la performance au détriment de l’utilité » constitue la première raison des dérives de notre système capitaliste.
-La deuxième finalité, qui suscite une aspiration collective massive, est celle de « l’humain », qui mérite une attention spécifique car il recueille des scores presque unanimes sur plusieurs questions : 91 % des Français estiment que « redonner du sens dans l’entreprise », c’est « en priorité des entreprises qui sont plus respectueuses de l’humain ». Cet appel à l’humain est d’autant plus privilégié qu’il est perçu comme une source de mobilisation pour les salariés.
-Plus largement, la troisième finalité est celle du « bien commun », de l’environnement et du progrès social. Les scores sur ces registres sont très élevés, même s’ils n’atteignent pas les scores attribués à l’humain : 74 % des Français estiment que la quête de sens passe par une participation plus importante au « bien commun », 66 % au « progrès social », 64 % à « l’environnement ».
 

Deuxième synergie souhaitée : les décisions économiques et les territoires

Une deuxième grande synergie souhaitée pour l’avenir par les Français est celle des décisions économiques et des territoires : 80 % des Français estiment que « les décisions économiques sont trop centralisées à Paris », alors que pour 70 % d’entre eux « les régions et les métropoles sont les échelons les plus efficaces pour relancer l’économie française ». L’approche territoriale est en particulier privilégiée pour « favoriser par le logement la renaissance de bassins de vie en région et la mobilité des personnes » (71 %), « proposer des formations répondant aux besoins des entreprises » (65 %) et « créer des emplois » (60 %).

Troisième synergie souhaitée : entre tous les acteurs du monde économique

La troisième synergie souhaitée vise à associer de manière de plus en plus étroite tous les acteurs du monde économique de demain, afin qu’ils « jouent collectif ». Cette idée s’applique pour une part aux partenariats public-privé, mais vise plus largement une meilleure intelligence des relations humaines au sein des entreprises : permettre aux dirigeants et salariés de s’écouter et s’accorder « au bénéfice de l’entreprise » (82 %) ou encourager les grands groupes et les PME à travailler davantage ensemble (72 %). Enfin sont souhaitées des collaborations entre entreprises, secteur associatif et secteur public, prioritairement au service de l’emploi et de la formation.

Quatrième synergie souhaitée : entreprises et réalisation de soi

La quatrième synergie souhaitée concerne la rencontre entre des désirs croissants d’épanouissement personnel et d’indépendance (être acteur de sa propre vie) dans la société, et un entrepreneuriat facilité par les mutations économiques en cours : 62 % des Français considèrent que « la création d’entreprise a vocation à se développer en France dans les années à venir ». Au registre des motifs d’explication, la volonté de « travailler à son compte, avec plus d’autonomie » (46 %) est identifiée comme la principale motivation des créateurs d’entreprise, loin devant la « vocation à diriger » (6 %) ou la « volonté de gagner plus d’argent » (13 %).

Sous l’apparence du « sens de l’histoire » : ruptures françaises et retour aux sources américaines

Spontanément, ces aspirations à des synergies peuvent apparaître dans le sens de l’histoire, et un grand nombre d’entreprises sont de fait déjà des artisans de ces transformations. En réalité, ces aspirations signent une rupture majeure par rapport à l’imaginaire traditionnel de l’entreprise en France, jusqu’ici plus volontiers associée – de manière souvent critique - au profit et à aux intérêts privés exclusifs. En outre, il s’agit ici d’un retour aux sources américaines : en 1953, Howard Bowen publiait aux États-Unis Social responsabilities of the businessman, dans lequel l’auteur soutenait qu’une entreprise ne pouvait connaître de succès durable sans harmonie avec son environnement (de société notamment). Bowen y plaidait alors en faveur de « réalignements ». À l’aune de ces nouveaux états d’esprit, et alors que la France tente de discerner des voies de sortie de la morosité économique, c’est donc la possibilité pleine et entière d’une nouvelle révolution qui se dessine, complémentaire de la révolution digitale, et peut-être plus profonde encore, parce que bouleversant les conceptions et les pratiques.

Cela autorise la possibilité d’une meilleure harmonie entre les Français et leurs entreprises, et donc la promesse, corrélée, d’un progrès et d’une croissance retrouvés.

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