Harmonie

07.07.16

La mort est-elle encore un tabou ? La mort est-il un sujet qui peut s’aborder en société, ou plus simplement dans les familles ? Et si oui, de quelle manière ? Y pense-t-on au quotidien ? Comment s’y prépare-t-on, tant au décès qu’à la fin de vie et à la dépendance ? Que souhaite-t-on transmettre, au-delà des seuls bien matériels et financiers ? Toutes ces questions intéressent la société à plusieurs égards, et les séniors en particulier. Ce sont ces préoccupations, légitimes, qui sont abordées par l’Observatoire de l’âge Viavoice-Harmonie Mutuelle, à travers un sondage auprès des personnes âgées de plus de 70 ans. Ils nous livrent, sur ces sujets personnels autant que de société, leurs préoccupations, leurs doutes, et aussi leurs espoirs.

La mort : une préoccupation personnelle, mais pas nécessairement triste ou angoissante

La mort est un sujet auquel les séniors pensent. Et même, pour 30 % d’entre eux, « souvent », contre 45 % qui y pensent plus rarement et seulement 22 % qui n’y pensent « jamais ».

Cette pensée vis-à-vis de la mort n’est pas pour autant lugubre, ou morbide. Au contraire, les séniors interrogés nous livrent une vision assez complexe de la mort, mélange de « fatalisme » (33 % des évocations en lien avec la mort), à travers l’idée selon laquelle « c’est inéluctable » et que « l’on va bien mourir un jour », mais aussi de « rationalité » (18 %) – « c’est une loi », « c’est logique » – et de spiritualité (16 %) : « aller vers un monde inconnu », vers la « vie éternelle » et « retrouver les siens ».

Au final, seuls 21 % des personnes interrogées évoquent spontanément une vision plus triste, liée à la souffrance et à la peur de mourir.

Cette vision quelque peu fataliste et philosophe de la mort permet par ailleurs, pour une majorité d’entre eux, de mieux profiter de la vie : pour 73 % des Français âgés de plus de 70 ans, « penser que l’on n’est pas éternel est quelque chose de positif », car cela permet de profiter davantage des petits instants de bonheur du quotidien.

La mort : de plus en plus un sujet de société

Mais la mort n’est pas qu’un sujet personnel : il est aussi, au-delà, un sujet de société qui pour 44 % des personnes interrogées n’est pas assez évoqué en France (contre 42 % pour qui ce sujet est évoqué suffisamment et 4 % trop souvent).

Un « tabou » en phase d’être levé donc, au bénéfice de la société et de tous les individus confrontés aux problématiques liées à leur propre décès et à celui de leurs proches : pour 59 % des séniors les gens sont insuffisamment préparés à leur propre mort, et pour 64 % à celle de leurs proches, famille ou amis.

Dans les familles, un sujet évoqué notamment sur le plan organisationnel et pratique Dans les familles, le sujet est d’ailleurs déjà largement évoqué, au moins partiellement :

-Seuls 27 % n’évoquent « jamais » le sujet avec leur conjoint, contre 16 % qui évoquent le sujet « souvent » et 56 % « rarement » ;

-Seuls 36 % n’en parlent « jamais » avec leurs enfants, contre 11 % « souvent » et 45 % « rarement ». Par ailleurs, seuls 28 % des séniors interrogés jugent que le sujet devrait être davantage évoqué dans leur famille, contre 62 % qui pensent qu’il est déjà suffisamment évoqué. Un « tabou » qui n’est est donc plus un dans la grande majorité des familles françaises, et ce même si la mort est le plus souvent évoquée de manière organisationnelle (pour 55 % des répondants) à travers la cérémonie souhaitée ou le lieu de sépulture, ou encore en lien avec la succession (25 %).

Préparer son décès : l’importance de la transmission

Que signifie, pour les séniors, « préparer son décès » ? Les avis sont partagés, en réalité, même si une hiérarchie s’impose, mettant en avant l’idée de « transmission » de valeurs et d’idées, de biens matériels et affectifs, mais aussi d’un souvenir de soi :

-Ainsi, pour près d’un tiers des personnes interrogées (31 %) préparer son décès c’est d’abord « transmettre des valeurs et des idées », notamment à leurs enfants et petits-enfants ;

-28 % d’entre eux mettent également en avant la transmission « des biens matériels : maisons, meubles, objets, souvenirs » ;

-Pour 26 % des séniors, c’est également « s’assurer que vos proches gardent une bonne image de vous ». Enfin, l’organisation des démarches administratives et financières (obsèques, héritage) n’est cité qu’en quatrième position (25 %), alors même qu’il s’agit d’un des principaux sujet évoqué au sein des familles.

Au-delà de la mort, des séniors préoccupés par la fin de vie et le risque de dépendance

La mort est un sujet de préoccupation pour les séniors, mais aussi la fin de vie et le risque de dépendance :

-68 % sont particulièrement préoccupés par « la crainte de ne plus être indépendant, de dépendre des autres » ;

-61 % de ne plus pouvoir rester à leur domicile ;

-et 60 % de ne pas pouvoir continuer certaines activités. Face à ces craintes, beaucoup en parlent à leur famille (50 %), ou font des travaux dans leur logement pour le rendre plus accessible (41 %).

Au-delà de la mort, attendue, l’enjeu pour beaucoup de personnes âgées est donc surtout de finir sa vie dans les meilleures conditions possibles.

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