HarmonieFranceInfo Figaro
01/09/2014
 
La santé en entreprise, un facteur de cohésion collective mais aussi un atout compétitif pour une majorité de salariés et de dirigeants
 

L’Observatoire « Entreprise et santé », réalisé en partenariat entre Viavoice et Harmonie Mutuelle, a été pensé comme un dispositif d’étude désireux de mettre en perspectives les points de vue des salariés et des dirigeants vis-à-vis de la santé en entreprise, qu’il s’agisse des actions concrètes menées en matière de santé au travail comme de leur impact au quotidien, pour les salariés comme pour l’entreprise en tant que telle. Pour cela, deux échantillons distincts ont été interrogés : les salariés d’une part (du public comme du privé), et les dirigeants d’autre part (dirigeants du privé et cadres managers du public à part égale).

Or ce point de vue croisé est riche d’enseignements sur les perspectives des acteurs économiques vis-à-vis de la santé au travail, en mettant en exergue – dans une période pourtant peu propice à l’investissement – l’importance des actions de santé pour le bien- être individuel des collaborateurs, comme pour le bien-être collectif de l’entreprise et son efficacité au quotidien.

Des actions de santé jugées essentielles au quotidien mais des salariés souvent mal renseignés sur ce qui existe dans leur entreprise

Si une très large majorité de salariés et de dirigeants – 92 % des salariés, 98 % des dirigeants du privé et 85 % des managers du public – pensent que l’état de santé des collaborateurs est globalement bon dans leur entreprise, leurs avis divergent parfois sur l’importance des actions réellement menées en matière de santé dans les entreprises : si celles-ci paraissent nombreuses pour 79 % des dirigeants du privé, seuls 35 % des salariés partagent cet avis.

Des résultats à mettre toutefois en perspective d’un sentiment d’information faible pour les salariés puisque seul un salarié sur deux (49 %) se déclare « bien informé » sur les dispositifs de santé présents dans son entreprise.

Dans ce contexte, les actions de santé apparaissent par ailleurs paradoxalement plus souvent comme quelque chose de « vraiment important » pour les dirigeants (75 % dans le privé et 62 % dans le public) que pour les salariés eux-mêmes : 55 %, contre 32 % pour qui c’est quelque chose de « pas vraiment important », tous les salariés (selon leur âge, leurs soucis de santé respectifs) n’étant pas nécessairement confrontés aux mêmes besoins.

Des actions ayant un fort impact sur le climat interne et l’ambiance de travail, mais aussi sur la productivité

En dépit de ces différences, les actions en matière de santé dans l’entreprise sont jugées essentielles, quels que soient les acteurs économiques pris en compte, et à plus d’un titre :
- Sur le plan humain et organisationnel : 70 % des salariés, 78 % des dirigeants du privé et 75 % des managers du public jugent que ces actions ont un impact important sur le climat de confiance dans l’entreprise. Ils sont par ailleurs respectivement 68 %, 76 % et 75 % à les juger importantes pour l’ambiance de travail, mettant ainsi en exergue le lien fort existant entre bien-être individuel et bien-être collectif, mais aussi entre santé et propension à aller vers les autres et travailler avec les autres.
- Sur le plan économique et productif également, puisque 67 % des salariés, 74 % des dirigeants du privé et 69 % des managers du public pensent que les actions de santé ont un impact important sur la « productivité », et respectivement 56 % des salariés et 68 % des dirigeants du privé sur la « situation économique de l’entreprise ».
- Enfin, pour l’avenir et l’attractivité de l’entreprise, 59 % des salariés, 71 % des dirigeants du privé et 66 % des managers du publics voient dans les actions menées en matière de santé un facteur essentiel d’attachement des collaborateurs à l’entreprise.

Pour l’avenir, priorité à la prévention et les risques psycho-sociaux

Ce constat posé, quelles sont les actions en matière de santé jugées les plus utiles et les plus attendues par les acteurs économiques ? Concrètement, notre étude fait ressortir des attentes de trois ordres :
- De manière très concrète, parmi les mesures déjà existantes dans une majorité d’entreprises, les salariés jugent particulièrement essentiels l’accès à une complémentaire santé (dispositif qui deviendra obligatoire en 2016), à des équipements de protection individuels et à des services de santé au travail ;
- Pour l’avenir, en revanche, les attentes des salariés comme des managers du public se portent davantage vers une meilleure prise en compte des aspects relationnels (entre salariés et vis-à-vis du management) et des risques psycho-sociaux (moins de pression sur les objectifs, mesures contre le stress…), un souci majeur ses dernières années et qui n’a fait que s’accentuer avec l’avancée de la crise économique, que ce soit dans le secteur public comme dans le secteur privé ;
- Enfin, les dirigeants du privé envisagent de leur côté avant tout une meilleure prévention et une meilleure information, notamment pour réduire les risques (actions de prévention, investissement dans du matériel, des outils d’information, des défibrillateurs, etc.), même si les mesures contre le stress restent fortement présents dans l’esprit d’un certain nombre d’entre eux, 28 % en faisant même une priorité.

Des disparités importantes selon la taille d’entreprise

Si les préoccupations liées à la santé en entreprise sont partagées par les salariés et les dirigeants dans l’ensemble des entreprises, quel que soit leur secteur ou leur taille, on observe toutefois que cette question de la santé en entreprise ne se pose pas de la même manière selon que l’on soit en TPE, PME ou au contraire dans une grande entreprise.

Des différences notables s’observent ainsi :
- En termes d’actions mises en place, d’abord : ainsi 48% des salariés de grandes entreprises (plus de 250 salariés) pensent qu’un certain nombre d’action sont menées dans leur entreprise, contre 33 % dans les entreprises de 50 à 249 salariés, et 24 % seulement dans les entreprises de moins de 50 salariés. Concrètement, ces différences s’expliquent par le fait qu’un certain nombre de dispositifs soient beaucoup moins présents dans les TPE-PME, que ce soit l’accès à un CHSCT, une infirmerie ou une restauration collective, plus difficiles et plus coûteuses à mettre en œuvre dans les petites entreprises. En dehors des structures d’accès à la santé, les actions de prévention ou les supports d’information sont également moins nombreuses dans les plus petites entreprises.
- Mais aussi en termes de priorités : paradoxalement, alors que les salariés des grandes entreprises se sentent mieux pris en charge en matière de santé, ils signalent également certains problèmes de manière plus fréquente, notamment le stress ou la pression managériale. Ainsi, 42 % des salariés de grandes entreprises souhaiteraient une réduction de la pression sur les objectifs, contre seulement 26 % dans les entreprises de moins de 50 salariés ; 34 % des salariés des grandes entreprises souhaiteraient également une amélioration des relations de management, quand ils ne sont que 19 % à exiger de même dans les plus petites entreprises.

Ainsi, l’analyse par taille d’entreprises est riche d’enseignements au sens où elle montre un rapport à la santé au travail différent : alors que celle-ci est traitée via un certain nombre de process et de dispositifs dans les grandes entreprises, mais parfois oublié dans son aspect humain (pression, relations hiérarchiques, etc.), les TPE-PME semblent quand à elles compenser la difficulté à mettre en place des structures dédiées par une meilleure écoute et une meilleure attention au quotidien. Preuve s’il en est que le sujet de la santé au travail ne doit pas faire l’objet d’une approche monolithique, mais bien plutôt d’une prise en compte adaptée aux réalités de chaque entreprise.

François Miquet-Marty

Télécharger en pdf le Sondage Viavoice pour Harmonie Mutuelle, Le figaro et France Info - septembre 2014