Liberation

29.08.16

Le désir d’alternance serait entier. Depuis plusieurs années sous le quinquennat de François Hollande, et aujourd’hui à quelques mois de la présidentielle des 23 avril et 7 mai, la France préfèrerait la droite à la gauche. Les élections intermédiaires, les préférences pour les candidats de droite, les rapports de forces préélectoraux, le désaveu de la gauche au pouvoir, tout cela illustre et nourrit un « désir de droite ». Pourtant, cette nouvelle vague du baromètre Viavoice-Libération révèle que la droite souffre d’un net défaut de crédibilité, non seulement en matière économique mais également sécuritaire.

Les présidentiables de la majorité toujours en difficulté

Le président de la République enregistre certes une progression de 3 points à la faveur de la décrue du chômage et de son ambition protectrice face à la menace terroriste. Mais seuls 12 % des Français le considèrent comme un « bon Président de la République » pour l’après 2017. Et aucune autre personnalité ne s’impose réellement à gauche :

-Après sa déclaration de candidature à Frangy-en-Bresse le 21 août, Arnaud Montebourg enregistre un score stable (19 %, + 1), et Benoit Hamon connaît une progression de 4 points mais sur un faible score (13 %) ;
-Parmi les candidats « putatifs », Emmanuel Macron recueille un beau résultat mais sans réelle progression (32 %, +1) et surtout clivant au sein des sympathisants de gauche, et Manuel Valls obtient un score quasiment stable à 22 % (+1).
 

Mais pour la majorité des Français, la droite ni aucune autre sensibilité ne feraient mieux que la gauche au pouvoir

Pour autant, la majorité des Français estiment que si elle accédait au pouvoir en 2017, la droite LR ne ferait pas mieux que la gauche actuelle :

-Non seulement en matière économique et sociale (52 % contre 32 %) ;
-Mais également, de façon plus frappante encore, en matière de lutte contre la menace terroriste (52 % contre 30 %).

Ce déficit de crédibilité est nourri par sur la mémoire des échecs du quinquennat de droite 2007-2012, par le manque de propositions jugées suffisantes en cette pré-campagne, par des doutes quant à leur mise en œuvre réelle, et par le discrédit de la classe politique.

Et les autres sensibilités politiques ne feraient elles-mêmes pas mieux :

-En matière économique et sociale, 56 % pensent que le centre (François Bayrou) ne ferait pas mieux, 66 % concernant le Front de gauche et 59 % concernant le Front national ;
-En matière de lutte contre le terrorisme, 64 % estiment que le centre ne ferait pas mieux, 72 % concernant Front de gauche, et (seulement) 48 % concernant le Front national.
 
Être un bon président en 2017 : malgré une tonitruante entrée en campagne, l’absence de « dynamique Sarkozy »
 

En outre, en dépit de son fracassant début de campagne (déclaration « surprise » de candidature lundi 22 août, intervention sur TF1 le 24, meeting de Châteaurenard le 25), Nicolas Sarkozy ne progresse pas auprès de l’ensemble des Français : 26 % le considèrent comme un « bon Président » pour 2017, score identique à celui dont il bénéficiait en juillet.

Qui plus est, auprès de son seul électorat potentiel, Nicolas Sarkozy n’est pas non plus parvenu à enclencher de dynamique quant à sa crédibilité présidentielle : 52 % des sympathisants de droite et du centre (contre 56 % fin juin), et 68 % des sympathisants LR (contre 73 % fin juin) estiment qu’il serait un bon président de la République en 2017. Il progresse en réalité surtout auprès des personnes qui ne sentent proches d’aucun parti politique (19 %, +7 points), soit un quart de l’échantillon.

Alain Juppé demeure largement en tête auprès des Français (44 %), et les « troisièmes hommes » de la primaire, François Fillon (26 %, -3) et Bruno Le Maire (22 %, stable), ne connaissent pas, non plus de dynamique.

En revanche, le score concernant Marine Le Pen est conforté (27 %, +2) notamment à la faveur de l’actualité de l‘été (attentats, crispations communautaires et « burkinis ») et atteint ainsi son plus haut niveau de l’année 2016.

De la primaire de droite à la présidentielle : attentes et circonspections

Pour la suite, de la primaire de droite (les 20 et 27 novembre) à la présidentielle, Français et sympathisants de droite sont partagés entre attentes et circonspections :

-Les valeurs qui sont prioritairement attendues des candidats à la primaire sont la « liberté », la « laïcité » et le « libéralisme économique » ;
-Circonspections en termes de candidatures : la moitié des Français (49 %) et une large majorité des sympathisants de droite et du centre (61 %) attendent de connaître le candidat issu de la primaire (« tout dépendra du candidat ») pour savoir s’ils souhaitent le voir gagner la présidentielle.

Présidentielle 2017 : de la France du doute à l’autel des passions

Aujourd’hui la France doute. Elle doute de la capacité du gouvernement actuel à résoudre les problèmes du moment, sans pour autant imaginer que d’autres pourraient mieux faire. Les campagnes électorales à venir peuvent en partie lever ce doute. Si tel n’est pas le cas, la présidentielle se jouera sur le rejet des personnes et sur des rivalités identitaires. C’est-à-dire sur l’autel des passions. Les turbulences (éclatement des gauches voire des droites, droitisation) de cette « rentrée politique » en sont déjà l’expression.

Retrouvez l'intégralité des résultats et analyses du baromètre politique Viavoice - Libération du mois d'août 2016

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