Liberation

03.10.16

À rebours de nombreux pronostics, la pré-campagne présidentielle ne profite pas aux discours les plus virulents. Alors qu’on pouvait s’attendre à une intensification de la « dynamique Sarkozy » après un été favorable, l’ex-Président recule en cette rentrée, tandis qu’Alain Juppé progresse et creuse l’écart, tant auprès des Français que des sympathisants de droite. Dans le même temps, Emmanuel Macron conforte sa stature présidentielle après sa démission, bousculant un paysage déjà fortement divisé et en manque de leadership à gauche. L’ancien ministre de l’Économie pourra compter, pour parvenir à ses ambitions, sur de bons a priori de la part des sympathisants de gauche, plutôt enclins à lui reconnaître de la compétence et – surtout – une capacité perçue à arriver au second tour et gagner l’élection présidentielle. Reste à savoir si cette dynamique se concrétisera dans les mois à venir, alors que se profile la Primaire socialiste à laquelle le leader du mouvement « En Marche » ne devrait pas participer.

Alain Juppé creuse l’écart avec Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy ne convainc pas en cette rentrée politique, en dépit d’une forte présence médiatique : moins d’un quart des Français (24 %) le considèrent aujourd’hui comme un bon président de la République pour 2017, en baisse de 2 points. Cet effritement met par ailleurs fin à la dynamique connue par l’ex-Président durant l’été (+5 points entre mai et fin août).

À l’inverse, Alain Juppé renforce sa domination par rapport à ses concurrents aux Primaires, mais aussi par rapport aux autres candidats déclarés ou pressentis pour l’élection, avec près d’un Français sur deux (47 %) le considérant comme un bon président de la République pour 2017, en hausse de 3 points en un mois.

Surtout, le promoteur de « l’identité heureuse » repasse devant son principal concurrent auprès des sympathisants Les Républicains (72 % contre 65 %) comme il renforce son avance auprès de l’ensemble des sympathisants de la droite et du centre (71 % contre 50 %), ce qui apparaît de bon augure pour le maire de Bordeaux en vue de la Primaire en novembre.

Au-delà des seules données chiffrées, ces évolutions soulignent surtout les limites de la stratégie à laquelle se livre Nicolas Sarkozy depuis quelques mois. En tentant, par une fuite en avant sécuritaire et identitaire, de séduire l’aile la plus conservatrice de la droite (jusqu’à l’extrême-droite), l’ex-Président finit par se mettre à dos un électorat du centre et du centre-droit plus en attente de solutions économiques et d’apaisement social.

Alain Juppé, à l’inverse, en refusant de suivre l’ancien Président sur ses thèmes, montre que sa stratégie plus discrète et plus constante paie dans l’opinion publique comme elle paie auprès de l’électorat de la droite républicaine, alors que les débats devraient dans les prochaines semaines cristalliser encore davantage ces différences.

Emmanuel Macron, en progression, se pose en recours potentiel pour la gauche

En même temps que le paysage politique se consolide à droite, il est bousculé par le départ d’Emmanuel Macron du gouvernement. Ce dernier gagne 4 points ce mois-ci, avec 36 % de Français le considérant comme un bon Président pour 2017. Le fondateur du mouvement « En marche » surclasse ainsi les autres prétendants de gauche comme du centre, qu’il s’agisse de François Bayrou (24 %), Manuel Valls (23 %), Arnaud Montebourg (18 %) ou encore François Hollande (16 %).

Dans ce contexte, Emmanuel Macron est considéré par 27 % des Français comme le meilleur candidat (et par 30 % comme le plus compétent) à gauche, même si ce dernier se positionne de plus en plus en dehors des clivages traditionnels, et même s’il reste plus populaire à droite qu’à gauche : 48 % des électeurs de la droite et du centre le considèrent en effet comme un bon Président potentiel pour 2017, contre 39 % des sympathisants de gauche.

Toutefois, en dépit de ce positionnement hétéroclite, Emmanuel Macron pourrait attirer vers lui un électorat de gauche prêt à « voter utile » afin d’éviter une confrontation entre la droite et l’extrême-droite au second tour de l’élection présidentielle : une courte majorité (54 %) d’électeurs de gauche déclarent ainsi qu’ils pourraient voter pour lui s’il était le mieux placé.

À titre de comparaison, ni François Hollande en l’état actuel des choses (51 %) ni les candidats « frondeurs » (Montebourg , 52 % ; et Benoit Hamon, 46 %) ne recueilleraient davantage de voix « de gauche » dès le premier tour s’ils étaient les mieux placés.

Au-delà des incertitudes, des constantes fortes dans l’opinion publique

Ainsi, en dépit des incertitudes actuelles et de la stratégie des uns et des autres, à gauche comme à droite, certaines lignes de force perceptibles depuis plusieurs mois se renforcent.

La première constante est la prééminence d’Alain Juppé. Quel que soit le résultat de la Primaire puis de l’élection présidentielle, le maire de Bordeaux apparaît en effet depuis de nombreux mois comme le mieux à même de rassembler les Français après l’élection, étant soutenu par près d’une moitié d’entre eux, contre à peine un quart pour ses concurrents à la Primaire.

Certes, le tripartisme permet d’envisager aujourd’hui une victoire à l’élection présidentielle sans nécessairement convaincre une majorité de Français. Mais dans une perspective de rassemblement, seul le maire de Bordeaux apparaît aujourd’hui capable d’entraîner une part significative de la société française dans une vision et un projet collectif pour la France.

Si Emmanuel Macron compte lui disputer ce positionnement, l’ancien ministre devra affronter un certain nombre d’obstacles : l’absence de parti structuré, l’absence également de participation à une Primaire (et donc à la dynamique que celle-ci peut susciter), et enfin l’hostilité d’une partie de la classe politique, y compris au centre (François Bayrou), ce qui n’est pas le cas d’Alain Juppé.

L’autre constante est celle du fractionnement de la gauche, suscitant en réaction la recherche d’un « recours » de la part d’une partie de ses électeurs. Il y a un an ce recours pouvait être Manuel Valls. Il apparaît davantage aujourd’hui sous les traits d’Emmanuel Macron. Mais au-delà de l’« homme », de son parcours ou de ses idées, ce désir croissant au sein de l’électorat de gauche est surtout celui de l’unité et de l’espoir, face à une extrême-droite déjà en ordre de bataille et une droite républicaine en passe de se rassembler, d’ici quelques semaines, autour d’un candidat unique.

Reste que la campagne présidentielle commence à peine, et que le chemin est long d’ici le 23 avril prochain pour affirmer déjà qu’il ressemblera à un « nouveau 21 avril ».

L'intégralité du Baromètre Politique Viavoice - Libération Octobre 2016

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