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05/12/2013
 
Entre économie atone, pression fiscale et gauche au pouvoir, les dirigeants d’entreprise n’ont pas certes pas de motifs d’enthousiasme.
Et la présente vague du baromètre CCI France réalisé par Viavoice pour Les Échos et Radio Classique révèle un climat des plus sombres jamais enregistrés depuis la création de cet observatoire en mars 2009.

 

En réalité, ce scepticisme recouvre trois dimensions nettement distinctes : la presque unanimité des dirigeants d’entreprise sont inquiets pour l’avenir de l’économie française, la moitié pour la situation financière de leur propre entreprise, et une minorité significative pour l’avenir de leur entreprise.

Une majorité large et croissante de dirigeants inquiets pour l’avenir de l’économie française

Les proportions sont édifiantes, et en dégradation par rapport aux résultats enregistrés en octobre :
• 82 % des dirigeants d’entreprise ne se déclarent « pas confiants » pour l’économie française, un score en hausse de 13 points en deux mois ;
• Concrètement, 84 % ne sont « pas confiants » pour la croissance (+8), 87 % pour l’emploi (+1) et 88 % pour les déficits publics (stable).

Cette recrudescence des inquiétudes s’explique par la concomitance d’éléments conjoncturels :
• Elle est symptomatique d’un climat économique déprécié depuis l’été (-0,1 de croissance au troisième trimestre contre +0,5 au deuxième trimestre) ;
• Elle traduit un « ras-le-bol » plus profond qui gagne une partie des dirigeants d’entreprise face aux augmentations de TVA prévues pour le 1er janvier, les incertitudes fiscales attendues au-delà (écotaxe, remise à plat de la fiscalité des particuliers comme des entreprises au cours de l’année 2014, etc.), et enfin un climat social préoccupant pour les mois à venir.

Dans ce contexte difficile, l’action du gouvernement est décriée, puisqu’un dirigeant sur deux (51 %) considère que l’attitude du gouvernement à l’égard des préoccupations des entreprises « a évolué dans le mauvais sens » ces derniers mois. Un chiffre en hausse depuis un an (+8 points).

Ce fossé illustre la mobilisation de certains dirigeants au sein de manifestations, parfois aux côtés de syndicats de salariés (« bonnets rouges » en Bretagne, mais également mobilisations de dirigeants de PME à Tours, de dirigeants de centres équestres, de commerçants, etc.), et qui devrait compliquer les négociations entre État et partenaires sociaux prévues pour 2014 (fiscalité, formation professionnelle, etc.).
Pour 2014, les perspectives des dirigeants demeurent donc très moroses : 44 % pensent que la situation économique sera pire qu’en 2013, 41 % qui pensent qu’elle sera « comparable » et seulement 12 % « meilleure » que cette année.

Une moitié des dirigeants inquiets pour la situation financière de leur entreprise

Le second registre de scepticisme concerne la situation financière des entreprises elles-mêmes : près d’un dirigeant sur deux se déclare inquiet, et ce pessimisme est lui-même en progression.
Seulement 50 % des dirigeants d’entreprise se déclarent confiants concernant leur trésorerie (-6 points), 52 % concernant leur résultat net (stable) et 55 % (-3) concernant leur chiffre d’affaire.

Un tiers des dirigeants inquiets pour leur propre entreprise

Le troisième registre d’inquiétude est plus minoritaire mais préoccupant : un tiers (34 %) des dirigeants déclarent ne pas avoir « confiance » pour leur propre entreprise au cours des mois qui viennent.
À la différence des deux premières, cette proportion est stable.

Tenir sous pression croissante

Aujourd’hui, le schéma dominant est donc celui d’inquiétudes macroéconomiques massives et croissantes, de préoccupations financières micro-économiques fréquentes et elles-mêmes croissantes, mais d’un « plafond de défiance » des dirigeants pour leur propre entreprise, établi sur le seuil des 32 % - 34 % depuis plusieurs mois.
Ce scénario dessine autrement dit une pression croissante qui pèse sur les entrepreneurs, auxquels ces derniers doivent résister avec une intensité de plus en plus forte pour conserver une part d’optimisme. Un match de plus en plus tendu entre défiance et confiance.

François Miquet-Marty et Aurélien Preud’homme

Télécharger en pdf le Sondage Viavoice pour CCI France, Radio Classique et Les Echos - décembre 2013