HECLExpress LExpansion 

27.10.16

Le moral des cadres flanche en octobre (-31, en baisse de 6 points) alors qu’il se rétablissait depuis juin dernier. En première ligne, les mauvais chiffres sur le front de l’emploi, qui viennent contredire l’espoir d’une « inversion de la courbe », encore crédible en début d’année. Mais la croissance du premier trimestre (+0,7 %) n’a pas été confirmée au second (-0,1%), et le chômage repart à la hausse. Une tendance qui devrait se confirmer dans les mois à venir selon les cadres : 58 % anticipent ainsi une hausse du nombre de chômeurs dans les mois qui viennent, en hausse de 16 points en un mois. En parallèle, les perspectives personnelles sont également en baisse, avec 35 % des cadres qui anticipent une dégradation de leur situation financière (+7). Une situation confirmant des perspectives moroses pour l’économie française, avec une croissance insuffisante pour résorber le chômage et soutenir l’activité des entreprises : pour 2016 et 2017, le FMI anticipe une croissance de 1,3 %, après 1,2 % en 2015. Face à cette situation, et à quelques mois de l’élection présidentielle, les cadres mettent en avant leurs priorités pour venir à bout de ce « mal français », avec des solutions parfois bien différentes de celles proposées par les principaux candidats.

Réduire les contraintes administratives des entreprises

Le « choc de simplification » annoncé par François Hollande en mars 2013 n’a pas suffi.

Il faut aller beaucoup plus loin, disent les cadres : 81 % d’entre eux jugent « efficace » pour relancer la croissance en France dans les prochaines années de « réduire les contraintes administratives des entreprises », en tête des priorités pour demain.

Et lorsque qu’on leur demande de quoi l’économie française a besoin « en priorité », la simplification administrative arrive encore une fois en tête des attentes (36 %), devant la compétitivité (31 %), l’innovation (27 %), le travail (25 %) ou les investissements (18 %).

Simplifier le code du travail plutôt que des accords d’entreprise au cas par cas

Dans le cadre de cette réduction des contraintes administratives des entreprises, la simplification du code du travail, en particulier, est attendue par 72 % des cadres.

En revanche, à l’inverse de la « philosophie » de la loi El Khomri, que certains candidats souhaiteraient amplifier, seule une minorité des cadres (43 %) souhaitent donner la priorité aux accords d’entreprise sur les accords de branche et le code du travail, dessinant à l’inverse un nouveau code du travail simplifié, mais s’appliquant à toutes les entreprises et tous les salariés de manière égale.

De même, les cadres ne considèrent pas comme des priorités, dans le cadre de la simplification du code du travail, d’augmenter la durée légale du travail ou de faciliter les licenciements : seuls 37 % d’entre eux pensent que revenir sur les 35 heures en allant vers 39 heures de travail hebdomadaires serait une mesure efficace pour relancer la croissance, et seuls 35 % pensent qu’il faut « simplifier les licenciements économiques ».

Relancer la consommation via une baisse de la fiscalité et une hausse des salaires…

Une majorité des cadres français sont également favorables, en complément d’un réel « choc de simplification », d’une relance par la demande à travers deux leviers :

-Une baisse de la fiscalité des ménages : alors que les réformes des dernières années ont davantage privilégié les aides aux entreprises, une baisse de la fiscalité des ménages serait jugé « efficace » par davantage de cadres (81 %) qu’une baisse de la fiscalité des entreprises (65 %), même si cette mesure est également attendue.
-Une hausse des salaires : 72 % des cadres pensent qu’il faut encourager les entreprises à augmenter les salaires « pour relancer la consommation ».
 

… Mais aussi par des investissements publics dans la recherche et l’innovation

De manière complémentaire, les cadres sont favorables à davantage d’investissements publics pour la formation et l’innovation :

-66 % pensent qu’il serait efficace d’investir davantage dans l’enseignement supérieur et la recherche, et 59 % dans la formation professionnelle ;
-64 % souhaitent également une augmentation des aides publiques pour l’innovation et la recherche et développement (R&D) « dans les entreprises » ;
-De manière plus générale, 63 % des cadres souhaitent relancer l’investissement public et les travaux publics de l’Etat et des collectivités territoriales.
 

Encourager la création d’entreprise

Enfin, 70 % des cadres appellent à des aides plus soutenues – mais aussi de « lever les freins » – à la création d’entreprise, mettant l’entrepreneuriat parmi les principaux moyens pour, demain, retrouver une croissance forte.

Ainsi, entre mesures « libérales » et mesures de relance plus « keynésiennes », les réformes mises en avant par les cadres pour relancer l’activité tracent une voie médiane : celle de prioriser les « forces vives » qui feront la croissance de demain (entrepreneurs, salariés, chercheurs dans des secteurs innovants), tout en augmentant les débouchés des entreprises par une relance concomitante de la consommation et de l’investissement.

L'intégralité du Baro Eco d'Octobre 2016