Liberation

03.11.16

Les Français seraient-ils devenus majoritairement libéraux en matière économique ? L’intérêt accordé aux candidats de la droite et du centre, le crédit qui leur est décerné en termes de popularité ou d’intentions de vote, peuvent accréditer l’idée d’une droitisation libérale de la société française, d’une conversion peut-être majoritaire au sein de l’opinion. Pourtant, cette nouvelle livraison du baromètre Viavoice pour Libération révèle une toute autre réalité : loin de générer un engouement collectif, les solutions proposées par les candidats LR suscitent un scepticisme majoritaire au sein de l’opinion.

Scepticisme générique : des mesures de droite jugées clivantes, risquées et peu efficaces

Envisagées dans leur globalité, les mesures proposées par les candidats à la primaire de la droite et du centre sont accueillies avec sévérité par les Français :

-Une nette majorité (61 %) estiment que ces dernières  « risquent de diviser les Français » ;
-Une proportion comparable (60 %) pensent qu’elles « créeront des conflits sociaux importants » ;
-Seuls 39 % considèrent qu’elles « seront plus efficaces que celles réalisées par François Hollande et le gouvernement depuis 2012 ». Au registre des adhésions, seuls les sympathisants de la droite et du centre croient majoritairement (78 %) en l’efficacité de ces solutions, contre seulement 20 % des sympathisants de gauche, 42 % des sympathisants frontistes, et 29 % des personnes sans proximité partisane déclarée.

Scepticisme au cas par cas : des mesures de droite peu populaires et pouvant à terme porter préjudice au vainqueur de la primaire de la droite et du centre

Au cas par cas, les solutions proposées suscitent davantage d’oppositions que d’adhésions. Parmi les mesures prises en compte, sept sont notoirement impopulaires auprès des Français et notamment, parmi les plus symboliques :

-Supprimer l’ISF (69 % d’opposition)  ;
-Relever l’âge légal de la retraite à 65 ans (64 % d’opposition) ;
-Supprimer 300 000 postes de fonctionnaires - proposée par Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, quand François Fillon envisage jusqu’à 600 000 suppressions de postes – (57 % d’opposition) ;
-Augmenter, même provisoirement, les déficits publics – mesure envisagée par la plupart des candidats à la primaire – (56 % d’opposition) ;
-Supprimer les 35 heures et revenir aux 39 heures hebdomadaires (48 % d’opposition – dont 59 % des ouvriers mais également 52 % des cadres – contre 45 % d’adhésion).
 
À l’inverse, seules trois mesures bénéficient d’une adhésion majoritaire au sein de l’opinion publique :
-L’alignement des règles du calcul des retraites entre secteurs publics et privé (73 %) ;
-Le recours au référendum de salariés de manière plus systématique pour les accords d’entreprise   (64 %) ;
-La mise en place d’allocations chômage dégressives (57 %).

La nouvelle géographie idéologique : gradation libérale des soutiens Hollande-Valls-Macron-Juppé, et fracture de gauche

Si le libéralisme économique n’a pas conquis la majorité des Français, son centre de gravité politique se déplace. La lecture des résultats révèle une gradation d’acceptation des solutions libérales sur un arc « Hollande-Valls-Macron-Juppé ».

Si les soutiens de François Hollande s’avèrent souvent opposés aux mesures testées, ceux d’Emmanuel Macron y adhèrent bien plus volontiers, et parfois davantage que ceux d’Alain Juppé lui-même :

-Sont favorables à l’allongement de la durée légale du travail : 30 % des personnes qui estiment que François Hollande serait un bon président en 2017, 50 % concernant Manuel Valls, 59 % concernant Emmanuel Macron, 59 % concernant Alain Juppé ;
-De même sont favorables à la suppression de 300 000 postes de fonctionnaires : 24 % des personnes qui estiment que François Hollande serait un bon président, 36 % concernant Manuel Valls, 52 % concernant Emmanuel Macron, 45 % concernant Alain Juppé.

Auprès de leurs publics respectifs, ces résultats révèlent un clivage Hollande-Macron plus important que le clivage Macron-Juppé : le « macronisme » apparaît à ce titre comme la traduction d’une droitisation d’une partie de la gauche, voguant sur les terres idéologiques de la droite.

En outre et sur le fond, ces données soulignent l’intensité des tensions, entre la « gauche macronienne » et la « gauche mélenchonienne », toutes les deux nourries, pour partie, par des sympathisants socialistes d’hier ou d’aujourd’hui : une tension idéologique aboutie qui constitue un défi majeur pour le Parti socialiste. Pour le candidat socialiste à la présidentielle, quel qu’il soit, cela imposera une dynamique de rassemblement particulièrement vigoureuse, voire de recomposition, par-delà ces clivages actuels.

L'intégralité du Baromètre politique

La notice technique du Baromètre