Liberation

12.11.16

À quelques semaines de l’annonce de François Hollande sur son souhait de se présenter (ou non) à l’élection présidentielle, le président de la République apparaît en situation difficile aux yeux de l’opinion : 10 % des Français estiment qu’il serait un « bon Président » en 2017. Ce score, en tendance, est la conséquence d’une baisse enregistrée depuis septembre (-6 points) face aux nombreuses difficultés rencontrées par le président de la République. Mais sous cette image, le bilan de l’action menée au cours du quinquennat apparaît plus contrasté : les Français reconnaissent un certain nombre de réussites et des réformes importantes sont majoritairement appréciées, même si d’autres, parmi les plus médiatisées, demeurent fortement contestées.

Des réformes appréciées : non-cumul des mandats, généralisation du tiers payant et de la complémentaire santé, création de postes dans l’éducation, la police et la gendarmerie

Parmi ces mesures appréciées, trois ressortent en priorité :

-La création de postes de fonctionnaires, que ce soit dans l’éducation comme dans la police et la gendarmerie : des mesures soutenues par respectivement 58 % et 72 % des Français.
-Le non-cumul des mandats, qui n’entrera en vigueur qu’à partir des élections législatives de 2017 mais qui est soutenu par près des deux tiers des répondants (65 %).
-Enfin, en matière de santé, la généralisation du tiers payant (61 %) et la généralisation de la complémentaire santé pour tous les salariés (59 %) sont également soutenus par une large majorité de l’opinion publique.

De manière significative, ces mesures appréciées des Français apparaissent comme celles ayant les plus forts marqueurs à gauche, en droite ligne avec les promesses de campagne de 2012.

Ces mesures sont d’ailleurs également les plus appréciées par les sympathisants de gauche, auxquels ces derniers ajoutent quatre autres mesures phares :

-Le mariage pour tous, plébiscité par 74 % des sympathisants de gauche, contre 50 % auprès de l’ensemble des Français ;
-La suppression de la première tranche de l’impôt sur le revenu pour les ménages les plus modestes (68 % contre 51 %) ;
-Le plan de 500 000 formations pour les demandeurs d’emplois (66 % contre 47 %) ;
-Et les emplois d’avenir (67 % contre 44 %).
 

Les réformes dans l’Éducation nationale, la politique fiscale et la loi « Travail » parmi les désaveux concernant la gauche au pouvoir

A rebours de ces succès, d’autres réformes d’envergure – souvent beaucoup plus médiatisées – apparaissent comme les échecs les plus significatifs du quinquennat.

Ces mesures impopulaires ont en commun d’avoir suscité de fortes oppositions, tant en raison de leur contenu que du manque de pédagogie dans leur mise en œuvre :

-Les différentes réformes dans l’Education nationale, parmi lesquelles la réforme des rythmes scolaires et celle du collège, soutenues par à peine 16 % des Français et 29 % des sympathisants de gauche : alors même que l’Education était une priorité du mandat de François Hollande, ces réformes sont les moins populaires du quinquennat ;
-La politique fiscale, symbolisée par la formule du « ras-le-bol fiscal » apparu dès 2012, soutenue par à peine 18 % des Français et 36 % des sympathisants de gauche ;
-La réforme territoriale, soutenue par seulement 20 % des Français (32 % des sympathisants de gauche), avec des fusions de régions souvent critiquées tant pour les choix réalisés que pour le manque de concertation avec les territoires et les élus locaux, laissant l’impression in fine d’une réforme des territoires très centralisée et aux objectifs avant tout budgétaires ;
-La loi « Travail », ou loi El Khomri, dont seuls 19 % des Français et 28 % des électeurs de gauche ont une bonne opinion. Il s’agit d’ailleurs de la mesure la moins soutenue à gauche.

D’autres réformes, sans cristalliser autant de déceptions, ont accentué l’impression d’ « échec » lié au quinquennat, avec des « sacrifices » consentis par les Français sans résultats probants. C’est le cas des mesures prises contre les déficits publics (26 % de soutiens), qui en dépit des coupes budgétaires et des hausses d’impôt n’ont pas encore permis de résorber les déficits en dessous des 3 %. C’est le cas, également, du Pacte de responsabilité (43 %) et de la loi Macron (44 %), symboliques du virage « libéral » de l’exécutif, et qui apparaissent aujourd’hui aux yeux des Français comme des efforts (travail du dimanche, priorité aux entreprises sur le plan fiscal) qui n’ont pas eu les effets escomptés sur le plan économique.

Crédibilité présidentielle : les candidats de droite bénéficient d’un « effet primaire »

En matière de crédibilité présidentielle, tous les principaux participants à la primaire de la droite enregistrent une hausse ce mois-ci, qu’il s’agisse d’Alain Juppé (50 %, +6), François Fillon (34 %, +9), Nicolas Sarkozy (27 %, +6) ou Bruno Le Maire (25 %, +3).

Toutefois, ces évolutions ne changent pas la hiérarchie actuelle, toujours favorable à Alain Juppé, qui reste par ailleurs considéré comme le meilleur candidat de son camp par 36 % des sympathisants de droite et du centre (26 % pour Nicolas Sarkozy).

Marine Le Pen conforte progressivement sa stature présidentielle

Enfin, on peut noter que Marine Le Pen – en dépit d’une relative discrétion ces derniers     temps – conforte progressivement sa crédibilité présidentielle avec près d’un tiers (29 %) des Français qui la considèrent aujourd’hui comme une « bonne Présidente » pour 2017 : un chiffre en progression constante depuis avril où elle culminait à 23 %.

Si rien ne dit que ce mouvement s’amplifiera au cours des mois à venir, on peut toutefois noter que les événements récents (migrants, Brexit, élection de Donald Trump, etc.) jouent en sa faveur en crédibilisant son programme anti-immigration et protectionniste, et donc en accentuant sa « respectabilité » sans avoir nécessairement besoin de s’exprimer davantage qu’aujourd’hui.

L'intégralité du Baromètre politique Viavoice - Libération de Novembre 2016

La notice technique relative à ce baromètre