logo secours catholique

09.03.17

Une opinion publique très consciente des enjeux liés aux inégalités et à la pauvreté, et pour beaucoup prête à s’engager... Les perceptions sur la pauvreté : 26 % des Français surestiment le montant du RSA, mais 50 % le trouvent insuffisamment élevé. Les Français ont dans leur ensemble une bonne perception des réalités sociales existantes pour les plus démunis...

 
-En moyenne, ils considèrent une personne vivant seule comme « pauvre » en-dessous de 1024 € de revenus par mois, soit à peu de choses près le seuil de pauvreté actuel en France ; pour une famille avec deux enfants, la moyenne est de 1927 € ;
-Concernant le RSA, le montant moyen cité est de 542 €, là encore très proche de son montant.

En revanche, ces perceptions moyennes cachent des écarts qui ont leur importance :

-28 % des personnes interrogées situent le seuil de pauvreté en-dessous de 900€, et 33 % au-dessus de 1100 €, soulignant la relativité forte du sens donné à la pauvreté selon les individus ;
-26 % des personnes interrogées pensent que le montant du RSA est supérieur à 600 €, et 11 % ne se prononcent pas. Enfin, 8 % situent le RSA en-dessous de 400 €. Au total, ce sont donc 45 % de la population qui sous-estiment, surestiment ou ne connaissent pas du tout le montant du RSA, ce qui peut poser problème dans le cadre d’un débat public mettant bien souvent en avant la notion d’ « assistanat » de certaines catégories de populations bénéficiaires de minimas sociaux.

Au final, la moitié (50 %) des répondants considèrent, une fois informé de son montant exact, que le RSA n’est « pas assez élevé ».

Les causes perçues de la pauvreté en France : chômage, coût de la vie et précarité en tête

En termes de facteurs d’explication de la pauvreté, l’opinion publique met en avant trois causes principales, devant les questions de logement et d’éducation notamment :

-Le chômage, cité en première position et par 56 % d’entre eux ;
-Les problèmes de revenus et de pouvoir d’achat, à la fois à travers le « niveau des salaires » (37 %) mais surtout en raison du « coût de la vie » (51 %) ;
-Et la précarité, avec les contrats précaires (CDD, intérim, temps partiel subi) notamment, perçue comme l’une des trois principales causes de pauvreté en France (43 %).

A noter enfin que ces principaux facteurs d’explication sont pour la plupart structurels, c’est-à-dire liés aux problèmes économiques et sociaux de la France dans son ensemble, et non liés à une approche « individualisante » rejetant la faute sur les personnes en difficulté eux-mêmes :

-Seuls 20 % des Français citent d’ailleurs « le manque de volonté des gens pour s’en sortir » parmi les causes de pauvreté en France.

Et seuls 31 % d’entre eux citent « un système social favorisant l’assistanat ».

Les moyens perçus pour lutter contre la pauvreté : au-delà des aides sociales, un meilleur ciblage des aides, de l’accompagnement et l’engagement de la société civile sont attendus

Près de 4 Français sur 10 considèrent que les aides sociales sont « insuffisantes » (37 %), mais à l’inverse, 34 % les trouvent « suffisantes ».

Au-delà du niveau des aides sociales, c’est surtout leur utilisation qui est questionnée :

-50 % des Français citent la lutte contre la fraude sociale ;
-47 % souhaiteraient un meilleur ciblage des aides ;
-et 44 % un meilleur accompagnement des personnes dans leur insertion sociale et professionnelle.

Ainsi, sans remettre en cause les aides sociales dans leur principe (seuls 19 % les trouvent « trop importantes »), une grande partie des Français questionnent leur bonne utilisation : n’y a-t-il pas des abus ? Est-ce que les publics prioritaires sont bien aidés en priorité ? Enfin, au-delà de ces aides, les pouvoirs publics proposent-ils un accompagnement « humain » suffisant, et indispensable à la (ré)insertion sociale et professionnelle ?

Enfin, l’opinion publique ne perçoit pas la lutte contre la pauvreté comme du seul ressort de l’Etat : si 44 % pensent qu’il s’agit d’abord de « l’affaire des pouvoirs publics », 48 % sont plutôt d’avis que cette cause serait aussi « l’affaire de tous les citoyens ».

Dans cette volonté d’ « engager » la société civile, les citoyens mettent en avant le rôle des associations d’aide aux démunis (65 % d’entre eux pensent qu’elles jouent un rôle essentiel) mais aussi la volonté, pour une part significative d’entre eux, d’agir à leur échelle.

Un engagement citoyen à consolider dans les années à venir

L’aide aux plus démunis est déjà une réalité pour une majorité de Français : 78 % déclarent avoir déjà apporté une aide matérielle et 47 % une aide financière notamment. Beaucoup se sont également engagés directement, en accompagnant une personne dans sa recherche d’emploi (29 %) ou en tant que bénévole dans une association (18 %).

Même si ces intentions restent encore très partagées, ces initiatives personnelles et collectives pourraient se développer à l’avenir, avec presque un Français sur deux (44 %) qui souhaiterait agir davantage pour les plus démunis.

Parmi les publics que l’on souhaiterait aider en priorité, les proches dans le besoin apparaissent logiquement en tête, avec même 79 % des répondants qui se déclarent prêts à héberger un proche, et 70 % à lui apporter une aide financière si besoin. Mais 61 % des Français se déclarent également prêts à apporter une aide matérielle (nourriture, vêtements) à une personne sans domicile de son quartier. Enfin, 36 % seraient prêts à faire de mêmes avec des réfugiés de pays en guerre.

Ces opinions montrent deux choses : d’une part que la société française n’est pas, comme elle peut être parfois présentée, seulement en proie au repli sur soi, mais qu’elle recèle également de grandes possibilités de solidarité entre les gens. D’autre part, que cette solidarité peut s’adapter selon les situations, et les publics : si l’on hébergera plus volontiers un proche, un grand nombre de gens sont également prêts à aider, même d’une autre manière, d’autres publics dans le besoin.

De même, si les préjugés restent vivaces dans notre société, beaucoup en sont également conscients : une large majorité de Français pensent que les gens ont trop de préjugés sur les SDF (65 %), les « pauvres » (61 %) ou encore les réfugiés (54 %).

Une prise de conscience appelant à la mobilisation, et à l’action.

Retrouvez l'intégralité de l'étude Viavoice pour le Secours Catholique Caritas France