Bpce LesEchos FranceInfo
 
31/05/2013

Deux français sur trois s’attendent à une baisse de leur pouvoir d’achat. Après que l’Insee a quantifié une baisse de 0,9 % du pouvoir d’achat moyen des ménages en 2012, le pessimisme est à son comble pour les mois qui viennent : deux personnes sur trois (65 %), record absolu depuis la création de ce baromètre à l’automne 2010, anticipent une diminution de leur pouvoir d’achat.

Une hausse des inquiétudes d’autant plus significative qu’elle intervient dans une période d’inflation limitée. Mais après l’annonce concomitante de l’entrée en récession de la France, de nouvelles réformes structurelles pour équilibrer les dépenses publiques (retraites, allocations familiales, Sécurité sociale, fiscalité écologique…) et la médiatisation des efforts à accomplir en matière de compétitivité et de coût du travail, ce sont surtout les niveaux des revenus qui inquiètent l’opinion, retraités et catégories populaires en tête.

Faiblesse du pouvoir d’achat : inquiétudes croissantes pour les revenus des retraités et des catégories modestes

Une forte majorité (65 %) de Français s’attendent à une baisse de leur pouvoir d’achat « au cours des trois prochains mois », dont, pour un quart d’entre eux (24 %), à une « forte » baisse. Deux chiffres en augmentation respective de 4 et 6 points, établissant un record depuis 2010 en matière d’inquiétudes. À l’inverse, seuls 27 % (-5) anticipent une stagnation de leur pouvoir d’achat et 7 % (=) une hausse.

Ces inquiétudes records interviennent paradoxalement dans une période où l’inflation est contenue – les prix à la consommation ont baissé de 0,1 % en avril selon l’Insee – même si la légère hausse du prix des hydrocarbures lors des longs week-ends de mai fait progresser les inquiétudes liées au prix de l’essence : 43 % des Français la classent aujourd’hui parmi les dépenses qui les préoccupent le plus, avant la fiscalité (42 %, -7) et l’alimentation (40 %) qui, malgré une hausse de 3 points sur un mois, demeure à un niveau de préoccupation relativement faible.

Ainsi, davantage que les prix, c’est bien aujourd’hui le niveau des revenus qui inquiète, notamment les séniors et les catégories modestes :
• Les salariés approchant de la retraite et les retraités eux-mêmes apparaissent les plus inquiets en matière de pouvoir d’achat – 76 % (+10) des 50-64 ans et 84 % (+5) des plus de 65 ans pensent que leur pouvoir d’achat « va diminuer » –, alors qu’une réforme du système de retraites est envisagée (après celle sur les retraites complémentaires qui a instauré un nouveau mode de calcul désindexé de l’inflation) ;
• Les employés et ouvriers se révèlent également de plus en plus pessimistes (59 % d’entre eux estiment que leur pouvoir d’achat « va diminuer », en hausse de 8 points), alors que la recherche de leviers de compétitivité – au sein des entreprises comme au sein du gouvernement – rend peu probable une revalorisation des bas salaires à court terme.

La consommation devrait rester faible dans les mois à venir

Revenus peu revalorisés, retraites désindexées et réformes structurelles annoncées en matière de protection sociale (retraites, Sécurité sociale, allocations familiales)… Dans ce contexte difficile pour le pouvoir d’achat, la consommation des ménages devrait continuer logiquement à se contracter dans les mois à venir : 53 % des Français envisagent de « dépenser moins d’argent que ces derniers mois » pour l’alimentation ou l’habillement, en hausse de 3 points en un mois (et de 18 points depuis mars). À l’inverse, ils ne sont que 37 % (-6) à envisager de dépenser autant d’argent, et 7 % (+1) plus d’argent.

Et en matière d’épargne, si les intentions d’épargne sont relativement stables, la part des personnes déclarant ne pas épargner actuellement est en hausse (31 %, +5).

Une forte majorité de Français (68 %) favorables à la réduction des allocations familiales pour les familles les plus aisées

Alors que le gouvernement cherche des marges de manœuvre pour limiter les dépenses publiques sans contraindre encore le pouvoir d’achat des personnes modestes et retraitées, le projet visant à réduire les allocations familiales pour les ménages gagnant plus de 5 000 ou 6 000 euros par mois est bien accueillie par l’opinion, malgré les nombreuses critiques faisant valoir la mise en cause du principe même, universaliste, de la politique familiale.

Ainsi 68 % des personnes interrogés se déclarent « favorables » à cette réforme car « il est normal que les ménages les moins en difficulté contribuent davantage en période de crise » contre 25 % à y être opposées au nom de l’égalité et de l’universalité des allocations familiales.

L’argument de la justice sociale apparaît donc aujourd’hui primordial en matière de réforme des dépenses publiques, et les sacrifices, pour une majorité de Français, doivent d’abord venir des plus aisés, par ailleurs moins touchés par la crise. Pour autant, si cet argument est convaincant et relativement consensuel, il ne devrait pas suffire pour les prochaines réformes de financement de la protection sociale (Sécurité sociale, et surtout retraites), pour lesquelles il sera difficile de faire peser l’ensemble des efforts sur les seuls ménages aisés.

Télécharger en pdf le Baromètre Viavoice Projets des français mai 2013.