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28/02/2013
 

Des Français ouverts à la rigueur par la réduction de la dépense publique. Longtemps jugée taboue pour ne pas heurter l’opinion, reléguée au second plan durant la campagne présidentielle, l’idée de rigueur budgétaire apparaît désormais comme une nécessité aux yeux des Français, par la voie d’une réduction de la dépense publique.

Une majorité de Français favorables à la réduction des dépenses publiques

« Face aux faibles prévisions de croissance », 55 % des Français préconisent en priorité de « baisser les dépenses publiques » plutôt que d’« assouplir les objectifs de réduction des déficits publics » (27 %), 8 % privilégiant l’idée d’une « augmentation de la fiscalité ou des prélèvements sociaux ».

Cette ouverture majoritaire au principe de la rigueur budgétaire s’explique d’abord par l’ampleur persistante des déficits publics, consacrée par la renonciation de l’exécutif à l’objectif des 3 % sur 2013. Sur la plus longue durée, elle répond au taux singulièrement élevé de la dépense publique en France : 56 % du PIB (2010, contre une moyenne européenne à 48 %).

Cette sensibilité « rigoriste » fait par ailleurs écho aux prises de position publiques d’acteurs majeurs :

• La Cour des comptes, estimant que le gouvernement, « n'ayant que peu de chances » de ramener le déficit public à 3% en 2013, doit donner la « priorité absolue » à de nouvelles économies structurelles (plutôt que de nouvelles recettes) ;

• La Commission européenne dont les prévisions de croissance (0,1 %) et de déficits pour la France en 2013 (3,6 %) légitiment de nouvelles mesures, même si aujourd’hui toute sanction semble exclue ; • Le ministre de l’Économie lui-même, déclarant à Londres (25 février) : « Je veux dire qu'à l'avenir nos ajustements devront se faire essentiellement par des économies de dépenses », sans exclure cependant quelques prélèvements. 

Le trompe-l’œil de la réduction des dépenses publiques

Pour autant, cette « tendance rigoriste » au sein de l’opinion n’a pas pour l’avenir la force d’une évidence :

• Il est plus aisé d’envisager une réduction de la dépense publique qu’un relèvement de la pression fiscale : la première solution incarne le visage le plus présentable de la « rigueur », parce qu’en apparence le plus indolore ; il apparaît à ce titre comme le moindre mal de la rigueur ;

• Politiquement, l’exécutif ne peut totalement ignorer les tenants de l’assouplissement des déficits. Si ces derniers ne représentent qu’un peu plus d’un Français sur quatre (27 %), ils rassemblent toutefois 33 % des 18-24 ans, 32 % des actifs et 37 % des professions intermédiaires, c’est-à-dire une part sensible de l’électorat qui a fait la victoire de François Hollande en mai dernier ;

• Enfin, comment cette opinion favorable à la réduction de la dépense publique évoluera-t-elle après que les coupes budgétaires supplémentaires (60 milliards d’économies d’ici 2017) auront été concrètement détaillées ? Le passage du concept à la pratique sectorielle risque d’être douloureux. Ainsi la remise en cause de l’universalité des allocations familiales fait déjà polémique, à droite comme à gauche.

Rigueur publique et rigueur des ménages

La conjoncture actuelle paraît par ailleurs contrastée pour les ménages : si les inquiétudes sur le pouvoir d’achat enregistrent une quatrième baisse consécutive depuis octobre (47 % des Français envisagent une perte de pouvoir d’achat au cours des trois prochains mois, -1), les intentions de dépense ou d’épargne demeurent à un étiage :

• Ainsi 38 % des personnes interrogées envisagent de « dépenser moins d’argent que ces derniers mois dans l’alimentation et l’habillement », en hausse de 3 points depuis janvier et de 6 points depuis novembre ;

• Ils sont de même 29 % à envisager « mettre moins d’argent de côté que ces derniers mois », en hausse de 2 points, et 8 % à penser à acheter ou changer de voiture (-1). Plusieurs facteurs expliquent ces tendances pessimistes, malgré des inquiétudes globalement en baisse sur le pouvoir d’achat : La volonté d’une partie des ménages de rééquilibrer leurs finances après des dépenses de fin d’année qui avaient soutenues la consommation (au dernier trimestre 2012, les inquiétudes liées au pouvoir d’achat étaient plus fortes, mais les intentions de dépenses également) ;

• La hausse de certaines dépenses incompressibles, difficiles dans un contexte de stagnation des salaires. Ainsi, et alors que le prix de l’essence a dépassé 1,60 euros à la pompe ce mois-ci, les inquiétudes concernant le prix du carburant sont en hausse (36 %, +3), tout comme celles qui concernent le prix de l’électricité (35 %, +3).

Cette situation peut par ailleurs apparaître périlleuse pour la croissance en 2013 : alors que la Commission européenne table sur une quasi-stagnation en France (0,1 %) et une récession au sein de la zone euro (-0,3 %), une contraction des dépenses des ménages pourrait peser à la baisse sur l’activité du secteur privé, et donc sur l’emploi. Tel semble être le défi auquel est confronté le gouvernement français – et plus globalement les gouvernements européens – pour les mois à venir : éviter que le temps de rigueur, notamment pour les ménages, ne se mue en spirale récessive ou en véritable austérité.

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