Publicis   Figaro
 
09/12/2012
 

L'entreprise dans la vie. Pour les Français, les entreprises et surtout les plus grandes d’entre elles sont aujourd’hui mieux placées que les pouvoirs publics pour répondre à beaucoup de questions essentielles qui se posent à la société française. Mais elles ne se montrent pas suffisamment concernées par les sujets qui les préoccupent.

1. Des entreprises plus attendues que l’État, même si elles ne sont pas toujours à la hauteur

Les entreprises sont vues par les Français comme loin d'être parfaites dans leur prise en compte de la vie des Français : certains domaines dans lesquels elles devraient être moteurs ou au moins se sentir très concernées sont insuffisamment traités par elles. Mais – et c’est le premier enseignement majeur de ces résultats – elles sont plus reconnues que les pouvoirs publics pour faire avancer les choses et améliorer leur vie quotidienne. Deux chiffres expriment de manière symétrique ce changement de perspective sur les institutions : alors que ceux qui déclarent faire tout à fait ou plutôt confiance aux entreprises pour améliorer leur vie quotidienne sont 15 points plus nombreux que ceux qui font tout à fait ou plutôt confiance aux pouvoirs publics (41 % vs 26 %), le chiffre s’inverse quand on aborde le sujet de la défiance : 71 % déclarent ne pas du tout ou pas tellement faire confiance aux pouvoirs publics pour améliorer vraiment la vie quotidienne des Français, contre 55 % pour les entreprises, soit un différentiel presque identique de 16 points.

2. Domaines d’excellence et attentes d’amélioration.

Deuxième enseignement : certains champs sont déjà reconnus aux entreprises comme des domaines où elles excellent – mais ils ne sont pas nécessairement les domaines où les attentes sont les plus fortes. En revanche, certains domaines où les attentes sont fortes et qui pourraient être vus comme les concernant restent apparemment trop loin de leur préoccupations…

Parmi les domaines où elles « font le boulot », correspondant à ceux où le différentiel entre le pourcentage de Français se déclarant « préoccupés » et le pourcentage de ceux qui déclarent « faire confiance à l’entreprise » pour y répondre est faible ou positif : les conditions de travail (16 vs 28 %), le dynamisme de la région d’habitation (14 vs 35 %), l’aménagement du territoire (8 vs 13 %), l’innovation et le progrès technique (6 vs 44 %). De façon surprenante en première analyse mais qui s’explique aisément, on le verra plus tard, par l’attitude « réaliste » des Français vis-à-vis de l’entreprise et du monde économique, la performance des entreprises sur l’emploi n‘est pas si mauvaise : 41 % vs 38 %. Enfin, l’équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle rencontre un score d’égalité parfaite : une préoccupation pour 18 % des Français, et une confiance déclarée dans l’entreprise pour 18% aussi…

Parmi les domaines où l’entreprise pourrait « faire mieux », où la confiance accordée n’est pas à la hauteur de la préoccupation manifestée : le pouvoir d’achat, d’abord (50 % vs 24 %), la santé (41 vs 15), la famille (29 vs 9), alors que l’équilibre vie professionnelle / vie personnelle semble correct), l’environnement (27 vs 16), les relations entre les gens (21 vs 11), la sécurité économique et sociale (21 vs 12).

3. Bon Samaritain vs oncle d’Amérique : une vision très différenciée des grandes et petites entreprises.

Troisième point : la confiance accordée aux entreprises pour améliorer la vie quotidienne est inversement proportionnelle au souci perçu de le faire, suivant que l’on est une grande ou une petite entreprise.

Pour 67 % des Français, les PME sont vues comme se « préoccupant le plus » de la vie quotidienne des Français, alors qu’elles     « devraient s’en préoccuper » pour seulement 8 % d’entre eux. A l’inverse, pour 13 % seulement des Français, les grandes entreprises se préoccupent effectivement de la vie quotidienne de nos compatriotes (dont 4% pour les entreprises du CAC 40), alors même que pour 79 % d’entre eux les grandes entreprises devraient le faire (51 % pour les entreprises du CAC 40).

La césure apparaît de façon presque caricaturale : d’un côté, les « bons samaritains » des PME, pas les mieux armées ou les plus attendues mais prêtes à aider (14 % des interviewés pensant qu’elles « peuvent faire le plus pour améliorer la vie quotidienne », contre 70 % pour les grandes entreprises dont 45 % pour celles du CAC 40) ; de l’autre, les puissances relativement indifférentes que représentent les grandes entreprises et particulièrement celles du CAC 40, qui ont le pouvoir d’agir mais en usent trop peu.

4. Grandes entreprises publiques, grandes entreprises privées, même combat ?

Quatrième enseignement : la différence de perception entre grandes entreprises privées et publiques apparaît comme plus faible que ce que l’on pourrait attendre.

D’abord en termes d’attente exprimée : s’ils sont plus nombreux à déclarer que les entreprises publiques surtout devraient se préoccuper de la vie quotidienne des Français (23 % pour les entreprises publiques, vs 13 % pour le privé), en fait ils sont 61 % à déclarer que les unes et les autres devraient s’en préoccuper autant.

Ensuite en termes d’action : pour 30 % des Français interrogés, les entreprises privées se préoccupent le plus de leur vie quotidienne… Contre seulement 25 % pour les entreprises publiques, et 32 % qui considèrent qu’elles sont à égalité sur ce point.

Enfin, en termes de capacité d’action : pour 68 % des Français les entreprises du privé peuvent faire autant pour améliorer leur vie que celles du public.

5. Une attitude de réalisme vis-à-vis du monde économique.

Dernier point notable : l’attitude très réaliste, et sans doute marquée par la crise, des Français sur ce pour quoi une entreprise est sanctionnable – par exemple par un boycott de ses produits. En effet : si 25 % estiment qu’ils seraient « certainement dissuadés » d’acheter un produit d’une entreprise concernée par un plan de licenciement économique, s’ils seraient 40 % dans ce cas en cas de délocalisations, 43 % en cas d’impact nocif sur l’environnement, 48 % en cas de licenciement malgré des bénéfices… Ils sont 63 % à déclarer qu’ils seraient certainement dissuadés d’acheter les produits d’une entreprise qui se rendrait coupable d’employer des travailleurs illégaux (enfants, étrangers sans titre de séjour, travail dissimulé).

Comme si la crise économique, la mondialisation, et leur cortège de conséquences néfastes pour l’emploi étaient moins insupportables, au fond, que la décision délibérée d’un chef d’entreprise grande ou petite de rompre le pacte social minimal qui consiste à employer qui il a le droit d’employer…

Véronique Langlois et Xavier Charpentier

En charge des études chez Publicis

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