Liberation
 
 
02/07/2012
 
À l’occasion de la déclaration de politique générale de Jean-Marc Ayrault (mardi 3 juillet)
 

La gauche au pouvoir : un printemps d’opinion

On a tant dit que cette gauche, n’ayant pas voulu ou pu promettre un idéal trop élevé, ne parviendrait pas à susciter l’adhésion des Français. On a parfois décrié une présidence Hollande « par défaut », qui aurait été désignée notamment pour avoir bénéficié de la défection de Dominique Strauss-Kahn et des échecs de Nicolas Sarkozy. On a encore ajouté que ce nouvel exécutif, au cours du temps, résisterait mal aux législatives, puis à l’insuffisante hausse du Smic et surtout au sommet européen.

A rebours de ces pronostics, les résultats de cette nouvelle vague de l’Observatoire de l’opinion réalisé par Viavoice pour Libération indiquent que l’exécutif, à la veille de la déclaration de politique générale du Premier ministre, bénéficie d’un printemps d’opinion : satisfaction des Français envers le travail accompli, et confiances pour l’avenir.

Satisfaction envers le travail accompli par François Hollande et le gouvernement Ayrault

Le score est sans ambages : 63 % des personnes interrogées se déclarent « satisfaites » de ce qu’ont « annoncé ou réalisé François Hollande et le gouvernement Ayrault depuis l’élection présidentielle ». Ce résultat, frappant par son ampleur, l’est également par la diversité des soutiens politiques dont il procède : 92 % des sympathisants socialistes se déclarent « satisfaits », mais également 87 % des sympathisants Front de gauche, 74 % des sympathisants écologistes, 53 % des sympathisants MoDem, 31 % des sympathisants Front national et même près d’un quart (23 %) des sympathisants UMP.

Ces données s’expliquent d’une part, sur le fond, par l’adhésion à plusieurs mesures-phares annoncées par le nouvel exécutif, et qui faisaient partie du projet présidentiel : le « rétablissement de la retraite à 60 ans pour les personnes ayant travaillé tôt »     (82 %), la « limitation des écarts de rémunération de 1 à 20 » dans les grandes entreprises publiques (76 %) et « l’augmentation de 25 % de l’allocation de rentrée scolaire » (68 %). L’augmentation du Smic de 2 % elle-même, qui avait suscité des controverses notamment à la gauche de la gauche, est appréciée par 64 % des personnes interrogées.

Ces données s’expliquent d’autre part, sur la forme, par la « présidence normale » incarnée par François Hollande : les deux tiers des Français (67 %) affirment « apprécier » ce positionnement, et la « réduction de 30 % de la rémunération du président de la République et des ministres » constitue la mesure la plus populaire  (84 %). Le chef de l’Etat dispose d’un crédit en la matière puisque 53 % des interviewés considèrent qu’il « respectera cet engagement pendant son quinquennat ».

Ces scores élevés de satisfaction se traduisent par des niveaux de popularité importants pour les ministres. Neuf d’entre eux bénéficient de popularités supérieures à 50 % : Manuel Valls (66 %), Michel Sapin (58 %), Pierre Moscovici (57 %), Aurélie Filippetti (56 %), Jean-Marc Ayrault (55 %), Laurent Fabius (55 %), Vincent Peillon  (55 %), Najat Vallaud-Belkacem (52 %) et Arnaud Montebourg (51 %). Ce « palmarès gouvernemental » présente la double particularité de comporter des personnalités appartenant à des sensibilités politiques différentes (de la gauche à la droite du Parti socialiste) et à des générations variées.

Confiances pour l’avenir

Le nouvel exécutif peut par ailleurs se prévaloir de la confiance des Français pour l’avenir sur une majorité d’enjeux : 74 % lui font confiance pour « augmenter le nombre d’enseignants dans l’Education nationale », 64 % pour « réduire les inégalités sociales », 60 % pour « réaliser la réforme fiscale », 58 % pour « soutenir la croissance économique », 55 % pour « améliorer la situation de la zone euro » (les interviews ont été réalisées pour partie avant la nuit du 28 au 29 juin, ayant consacré des avancées européennes).

Résultats contrastés

Cette étude révèle en outre deux registres de résultats plus contrastés pour l’exécutif.

Le premier concerne la popularité du président de la République. Celle-ci demeure majoritaire et élevée à 55 %, mais perd 7 points par rapport au score enregistré fin mai et début juin. En réalité François Hollande retrouve ici exactement le score qui était le sien après son élection (55 %, étude post-électorale Viavoice réalisée pour Libération les 6 et 7 mai 2012). Cette évolution repose en particulier sur une baisse auprès des sympathisants de gauche toutes sensibilités confondues (71 %, -20 points). Elle traduit l’affaiblissement d’un état de grâce « hollandais » qui avait été nourri notamment par la satisfaction d’une large part des sympathisants de gauche face à cette reconquête du pouvoir, par la découverte du « changement » mis en pratique, et par le rôle international exercé par le président de la République (G20, Otan).

Le second registre de résultats contrastés concerne les niveaux de confiance accordés à l’exécutif pour des enjeux qui préoccupent fortement les Français : 50 % (contre 49 %) font confiance au président de la République et au gouvernement pour « augmenter le pouvoir d’achat », et 48 % (contre 51 %) pour « réduire le chômage ». Ces niveaux de confiance sont certes élevés compte tenu de la nature des sujets envisagés, mais ils n’entraînent pas de majorité. Enfin en matière financière, 56 % des Français ne font « pas confiance » à l’exécutif pour « réduire le déficit public à zéro en fin de mandat ».

C’est, en priorité, sur ces questions que François Hollande et le gouvernement joueront leur crédit auprès de l’opinion au cours des mois qui viennent.

François Miquet-Marty

Télécharger en pdf le Sondage Viavoice - Libération juin 2012