Face à la politique économique isolationniste de Donald Trump
L’idée d’une « résistance économique » française et européenne
Que faire ? Face à la politique économique isolationniste engagée par Donald Trump, la France et l’Europe ont-elles les moyens de s’adapter, voire de répliquer ?
Rompant avec l’imaginaire d’une forme d’inaction ou d’impuissance, cette nouvelle livraison du Baromètre des Décideurs Viavoice pour HEC Paris, BFM Business et L’Express révèle deux aspirations fortes de la part des décideurs et des Français.
Résistances de consommation et répliques européennes
Les données sont massives pour être soulignées : 61 % des Français (et 67 % des décideurs) affirment qu’ils seraient « prêts à boycotter certaines marques américaines ». Certes il s’agit là d’une intention, mais la proportion de personnes « tout à fait » prêtes est elle-même significative : 29 % des Français comme des décideurs.
L’Union européenne pour sa part est créditée d’une confiance modérée pour « défendre ses intérêts économiques » : 54 % des décideurs, 42 % des Français estiment qu’elle le peut.
Ces perceptions donnent toute son importance à la démarche en deux temps envisagée par la Commission européenne :
- Réactivation à compter du 1er avril des droits de douanes appliquées en 2018 ;
- Seconde salve potentielle mi-avril portant sur une liste de 1 700 biens en provenance des Etats-Unis jusqu’à hauteur de 50 % pour certains.
Cette culture plus offensive procède notamment d’un grand découplage perçu entre la France et les Etats-Unis, lesquels ne sont plus considérés comme « un allié » par 74 % des Français.
Le moral économique comme levier décisif
En regard de cette nouvelle donne à la fois tourmentée et en rupture, le moral économique en France apparaît essentiel pour les mois qui viennent.
Aujourd’hui, la tendance est nettement orientée à la baisse, l’indicateur synthétique du Moral des Décideurs s’établissant à -47, soit un score comparable à celui qui était enregistré au lendemain de la crise de 2008.
Cette grande fragilité du moral économique est bien entendu indexée en partie sur la nouvelle donne, et se décline sur un pessimisme très majoritaire en matière de niveau de vie (75 % des Français, 76 % des décideurs estiment qu’il se dégradera en France au cours des mois qui viennent), comme en matière de situations financières personnelles (respectivement 54 % et 47 % d’anticipations de dégradations).
IA : une opportunité qui appelle des acculturations
Face à ces nouveaux défis majeurs et à la préparation de nouveaux avenirs économiques, l’IA apparaît majoritairement comme une source d’opportunités aux yeux des décideurs (58 %) mais pas du grand public (38 % seulement), et appelle donc des démarches significatives d’acculturations en général et au sein des entreprises.
Ainsi face à l’épreuve s’affirment des opportunités : le pouvoir des consommateurs, le pouvoir de l’UE, le pouvoir de l’IA. L’activation de ces opportunités est pour une large part indexée sur un moral économique pour le moment très fragile. Ce qui se dessine aujourd’hui est donc très exactement un moment de bascule, où le repli comme le rebond peuvent prévaloir. La nouvelle « guerre des empires », économique et militaire, peut offrir à la France et à l’Europe l’opportunité (le devoir ?) d’un nouvel élan.
François Miquet-Marty et Adrien Broche, Viavoice